Conséquences écologiques et humaines
La suppression des haies fit disparaître abris et corridors pour la faune ordinaire du Nivernais : hérissons, passereaux, chouettes – sans parler des essences d’arbres emblématiques. La biodiversité fit les frais de cette ouverture à marche forcée, même si quelques exploitants, dès les années 1980, tentèrent de sauver ou de régénérer quelques linéaires, parfois conseillés par la Fédération des chasseurs de la Nièvre (rapports de 1992-1995).
Mais la transformation n’est pas que visuelle ou écologique. Elle est aussi sociale. La recomposition de la propriété foncière s’accompagna d’un éloignement entre familles – les terres rassemblées Doyen, Barillier ou Pochon, qui structuraient la vie collective, se diluèrent dans des exploitations de plus en plus anonymes, parfois détenues à distance par des investisseurs extérieurs au village (voir « Mutations agricoles et désertification rurale », Bernard Blanchard, Revue rurale, 2010).
D’autre part, la perte des chemins de traverse, tout comme la raréfaction des usages collectifs (coupes de bois, ramassage des noisettes, passage libre pour aller à l’école ou à la messe), a contribué à un sentiment de repli. Les cartes postales anciennes de Vielmanay, entre 1910 et 1930, rappellent encore les groupes d’enfants cheminant dans le bocage, jupes remontées et sabots crottés le long de haies touffues. Aujourd’hui, ce sont souvent les tracteurs seuls qui sillonnent ces perspectives vastes, où le relief adouci par le remembrement laisse une sensation de vide aux yeux des anciens.