Des histoires de Vielmanay, au fil du temps nivernais

25/08/2025

Une terre façonnée par l’histoire nivernaise

Le Nivernais, aujourd’hui correspondant à l’actuel département de la Nièvre, n’a cessé d’évoluer, oscillant entre traditions rurales et grandes transformations nationales. Vielmanay, comme ses voisines, fut longtemps contrainte par le cadre seigneurial et ecclésiastique de l’Ancien Régime.

  • Au Moyen Âge, Vielmanay dépendait de la province du Nivernais, elle-même sous l’autorité du duché de Nevers – famille de Clèves, puis de Gonzague. Ces seigneuries, recensées dans le "Dictionnaire topographique de la Nièvre" (Alphonse Roserot, 1902), modelaient la vie locale : corvées, dîmes et droits féodaux rythmaient les saisons.
  • Le tissu rural était composé de petits hameaux, avec une agriculture d’autosubsistance, comme en témoignent les registres paroissiaux dès le XVII siècle, et les estimations du cadastre napoléonien du début du XIX siècle.

Le morcellement du paysage agricole, avec ses haies vives, ses mares et ses chemins creux, est hérité du bocage nivernais. Vielmanay s’illustre ici comme un parfait échantillon du terroir : prairies, terres labourées, quelques vignes et vaste étendue forestière en font la synthèse fidèle (Source : archives départementales de la Nièvre, cartes communales du XIX).

L’ancien régime et le témoin silencieux des archives paroissiales

Les archives paroissiales de Vielmanay, consultables pour partie aux AD de la Nièvre, livrent des informations précieuses sur la démographie, les épidémies, la diversité des familles et les modes de vie. La courbe des baptêmes, mariages et sépultures, diligentée depuis 1668, atteste d’un monde rural endogame et profondément ancré.

  • Au XVIII siècle, la population de Vielmanay tourne autour de 400 à 500 habitants (Source : archives départementales de la Nièvre, séries paroissiales).
  • On y retrouve les grandes familles locales – les Guenot, les Ory, les Brocard, qui traversent les siècles, parfois liées par de subtiles alliances matrimoniales entre hameaux.
  • L’épidémie de dysenterie de 1779 frappe la paroisse, avec une nette surmortalité (jusqu’à 4 fois plus de sépultures en août-septembre 1779, source : registres paroissiaux), illustrant la vulnérabilité des campagnes à la maladie.

C’est à travers ces fragments d’archives que Vielmanay prend chair, dans sa parenté directe avec les autres villages du Nivernais.

L’épreuve des révolutions et la réorganisation communale

La Révolution française marque un tournant pour tout le Nivernais : Vielmanay passe du monde paroissial au statut de commune. Cette transition, effective en 1790, bouleverse administrativement le paysage. À l’instar d’autres villages, la laïcisation et la réforme territoriale impulsent de nouveaux repères.

  • Un premier maire élu (Jean Brocard), une autonomie naissante, mais une forte inertie dans les mentalités rurales, attachées à la tradition (Source : procès-verbaux municipaux, 1791/AD 58).
  • Le maintien de traditions religieuses, en parallèle de la sécularisation administrative, comme la procession du 15 août, traversant champs et hameaux bien après la Terreur.

Cette période voit aussi un lent déclin démographique, amorcé dans tout le Nivernais rural au XIX siècle, accentué par l’exode rural (Source : recensements INSEE, 1831-1911). Vielmanay, qui comptait plus de 430 habitants au début de l’empire napoléonien, descend à moins de 280 en 1911.

La trace, dans la mémoire collective, des guerres et bouleversements nationaux

À l’image du Nivernais, Vielmanay s’inscrit dans le sillage des grandes convulsions nationales : la guerre de 1870, puis les deux conflits mondiaux. Le monument aux morts, placé au cœur du bourg, porte les noms de 22 Vielmanaisiens tombés durant la Grande Guerre – ce qui signifie, pour un village d’à peine 300 âmes à cette époque, une ponction dramatique sur une génération entière (Source : monument aux morts, relevé communal, 1921).

  • La Première Guerre mondiale marque la mémoire locale, avec l’absence subite de bras à la ferme, la modification du paysage familial, et l’arrivée de réfugiés belges en 1914 (témoignages oraux, famille Fouquet, recueillis en 2018).
  • La Seconde Guerre mondiale laisse aussi des cicatrices : plusieurs jeunes hommes requis pour le STO, un hameau de Vielmanay servant de cache pour des résistants de la région de Cosne-sur-Loire ; une histoire locale dans l’Histoire nationale (Source : AD 58, témoignages départementaux).

La résonance des guerres, visible dans les registres d’état civil par les mentions « mort pour la France », rappelle combien le sort du petit village épousait les soubresauts de la France entière, tout en gardant ses particularismes de survie collective.

Évolution rurale : des labours à la culture de la mémoire

L’agriculture a longtemps fait l’identité de Vielmanay. Mais à l’instar du Nivernais, le village subit au XX siècle le choc de la modernisation et de la désertification rurale.

  • 1850 : sur 77 ménages, plus de 65 sont recensés comme cultivateurs ou journaliers. Aujourd’hui, le chiffre est tombé à moins de 1 sur 10 (Source : recensements INSEE, recoupements communaux).
  • Le remembrement des terres, initié dans la Nièvre dès 1955, modifie les paysages, effaçant nombre de murgers (murets de pierres), réduisant la place des haies, et transformant peu à peu l’apparence du bocage d’autrefois (Etude INRA : "Le Bocage nivernais", 2002).
  • Le bâti ancien témoigne d’un passé agricole dense, entre granges, maisons basses en moellon, fours à pain et puits collectifs encore visibles dans les hameaux.

L’apparition de nouvelles formes de vie rurale (résidences secondaires, tourisme vert, retour de jeunes couples en quête d’espace) redonne à Vielmanay une vitalité différente, faisant progressivement émerger une culture patrimoniale locale : restauration du lavoir, ouverture d’un sentier de randonnée « Sur les pas des ancêtres », collecte de la mémoire orale par l’école.

Petites histoires et anecdotes des familles vielmanaisiennes

L’histoire de Vielmanay s’inscrit avant tout dans celle de ses gens. Quelques anecdotes, glanées entre archives et souvenirs, montrent le quotidien d’autrefois :

  • À la veillée, dans les années 1930, on lisait à la lampe à pétrole en se transmettant les histoires du « colporteur des hameaux », qui venait chaque fin d’été des régions de l’Allier vendre tissus et mirlitons (témoignage transmis par Mme Ory, 1989).
  • Le cheval était indissociable du quotidien : en 1912, moins de dix foyers avaient un cheval, la plupart possédaient des vaches, et la traction animale restait la norme jusque vers 1950.
  • L’école publique, installée en 1884, regroupait plus de 50 élèves dans une même salle – dont des enfants de plus de treize ans, restés aider aux moissons avant de s’instruire l’hiver venu (Rapport d’inspection académique, 1903).
  • Les mariages donnaient lieu à de véritables fêtes communautaires : le repas de noces prenait place dans la grange, et les plats étaient préparés par rotation dans les familles, la mariée recevant la « poule farcie » en cadeau de belle-maman – coutume distincte dans le canton de Donzy (source : tradition orale recueillie en 1998).

C’est par ces scènes de tous les jours que Vielmanay incarne, à sa façon, le Nivernais rural du XIX et du XX siècle.

Conserver la mémoire, regarder vers l'avenir

L’histoire de Vielmanay, loin d’être figée, s’enrichit sans cesse par les efforts des habitants, des écoles et des associations. Appuyées sur les fonds d’archives, sobres mausolées du passé (archives départementales, archives notariales, collections privées), ces initiatives permettent de faire vivre une mémoire paysanne et rurale trop souvent reléguée à la marge.

  • Des journées du patrimoine sont organisées depuis 2013, rassemblant habitants et visiteurs autour des puits rénovés ou du vieux cimetière communal.
  • Conseils municipaux et familles dépouillent ensemble les anciens albums, redécouvrent d’antiques recettes locales, ravivent la tradition du « repas chantré » (chantée) annuel.
  • L’école communale a entamé, dès 2018, un projet intergénérationnel : collecte d’objets anciens, interviews des anciens élèves, réalisation d’un livret sur l’histoire de la commune (Source : École de Vielmanay, projet « Nos Racines », 2018).

À travers ces petites initiatives de transmission, Vielmanay continue à dialoguer avec son propre passé, et par là, avec tout le Nivernais. C’est ainsi, dans le silence des allées communales, à travers les odeurs de terres labourées et les souvenirs recueillis, qu’un village du bout du monde raconte l’histoire plus vaste de tout un pays.

Pour aller plus loin : ressources et archives à explorer

  • Archives départementales de la Nièvre : https://archives.nievre.fr/
  • Dictionnaire topographique du département de la Nièvre, Alphonse Roserot, 1902.
  • Recensements et statistiques anciennes : INSEE (département de la Nièvre).
  • Livre : « La Vie rurale en Nivernais au XIX siècle », Pierre Nothomb, éd. Picard, 1987.
  • Projet pédagogique de l’école de Vielmanay : « Nos Racines », 2018 (consultable en mairie).
  • Étude INRA : Le Bocage nivernais, 2002.

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