Vielmanay à travers les siècles : une commune nivernaise entre histoire et mémoire

22/07/2025

Aux origines du nom : traces les plus anciennes de Vielmanay

L’histoire de Vielmanay commence dans la discrétion des archives. La plus ancienne mention officielle remonte à 1236, sous la forme « Vieil Manay » dans un acte évoquant la possession de terres par le chapitre de Nevers (Archives départementales de la Nièvre, série G). Si le nom sonne étrange, il n’est pas rare à l’époque : “vieil” désigne ici une terre anciennement défrichée, « Manay » pourrait remonter à un patronyme gallo-romain, ou au mot « manoir ».

Ce document, rédigé en latin, témoigne déjà d’une organisation rurale bien établie autour de quelques « masures », de terres cultivées et de bois. Vielmanay n’était pas encore la commune que l’on connaît, mais un regroupement de petites exploitations agricoles, encadré par les seigneurs locaux et l’Église. Les traces écrites restent très rares jusqu’au XIV siècle, époque où la région connaît davantage de stabilité démographique et politique.

Vielmanay au Moyen Âge : un village rural au cœur du Nivernais

Au Moyen Âge, Vielmanay se développe autour de deux pôles principaux : le hameau du Bourg, où s’élève une petite église rurale — citée dès le XVe siècle dans le cartulaire de l’abbaye de La Charité — et le secteur de La Guesne, dont le toponyme trahit de vieilles origines forestières.

L’économie locale repose alors presque exclusivement sur l’agriculture : blé, seigle, élevage de menus bétails. Les habitants doivent s’acquitter de diverses redevances aux seigneurs de la Motte-Josserand et au prieuré voisin. Vielmanay compte alors sans doute moins de 150 habitants dispersés sur une large surface : on repère les traces d’anciens chemins creux, parfois encore visibles aujourd’hui, reliant fermes isolées et moulins à eau sur la Nièvre.

Malgré cette vie rurale un peu à l’écart, plusieurs épisodes troublent la quiétude du village :

  • Guerres de Religion : la région, sur la route menant de la Loire aux places fortes protestantes, connaît passages de troupes et pillages intermittents.
  • Peste et famines : le XVII siècle est meurtrier dans l’ensemble du Nivernais, les registres paroissiaux faisant état de nombreux décès en 1630 et 1652.

Vielmanay à l’époque moderne : changements et continuités

L’époque moderne (XVI-XVIII siècles) marque une lente transformation des structures sociales :

  • Apparition de nouvelles familles, souvent venues de villages voisins suite à des alliances matrimoniales.
  • Défrichement progressif des terres, création de plus grands domaines agricoles.
  • Édification d’une église renouvelée au début du XVIII siècle (actuelle église Saint-Laurent, remaniée en 1749, source).
Les registres tenus de plus en plus régulièrement à partir de 1667 – suite à l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye – permettent de mesurer l’évolution de la population et d’observer un mode de vie marqué par la solidarité villageoise : entraides lors des travaux agricoles, sociétés de charité, foires saisonnières sur la place centrale.

Fracas révolutionnaire : Vielmanay pendant la Révolution française

Loin des grandes agitations urbaines, le tumulte de la Révolution n’épargne pourtant pas Vielmanay. Dès 1790, la paroisse devient une commune et élit son tout premier conseil municipal, comme le veut la loi. Les biens du clergé sont inventoriés : quelques terres et un presbytère.

Plusieurs familles de notables locaux, parfois rattachées à la petite noblesse campagnarde, voient leurs prérogatives s’effondrer du jour au lendemain. Fait notable, la Révolution emporte l’ancienne cloche paroissiale, réquisitionnée comme « métal d’utilité publique » (Archives départementales de la Nièvre, registre des réquisitions, an II).

Le passage à l’état civil républicain marque une rupture dans les pratiques collectives, tout comme la naissance d’une école communale, avec son tout premier instituteur laïc nommé en 1793. Sur les registres, on trouve les traces émouvantes de signatures hésitantes de villageois : pour beaucoup, c’est la première fois qu’ils écrivent leur nom.

Le XIX siècle : modernisation, bouleversements et mémoire

Le XIX siècle apporte de profondes mutations :

  • Ouverture en 1839 d’une école fixe accueillant une vingtaine d’enfants (les filles y seront vraiment admises à partir de 1877).
  • Construction du pont sur la Nièvre en 1848, facilitant les échanges commerciaux avec Donzy.
  • Mise en valeur du territoire par la création de la « route de La Charité », traversant aujourd’hui le village principal.
  • Introduction, après 1850, de la culture de la pomme de terre puis de la betterave, transformant les paysages et révélant une part inédite d’initiative paysanne.

Mais le village connaît aussi l’exode rural : la population passe d’environ 400 habitants en 1820 à moins de 320 en 1900 (INSEE, recensements communaux historiques). Certains hameaux, autrefois prospères, perdent peu à peu leur vitalité ; d’autres, comme Neuvy, se repeuplent grâce à l’arrivée de familles de « maçons de la Creuse ». C’est l’époque où naît, sur les bancs de l’école ou dans la poussière des champs, la mémoire collective de Vielmanay, transmise lors des veillées ou des fêtes communales.

Survivre à la guerre : Vielmanay et la Grande Guerre

1914-1918 : si le front est loin, la guerre frappe durement le moral et la chair de Vielmanay. Sur le monument aux morts érigé après 1920, on compte quatorze noms ; ils représentent près de 8 % de la population masculine adulte (source : « Le Journal du Centre », 1922, archives municipales). Les familles perdent un père, un fils, un frère.

Le village vit à l’heure des lettres du front et des réquisitions. Les femmes remplacent les hommes dans les travaux difficiles, un souvenir que de rares photos d’époque laissent deviner : c’est dans les années de guerre que se développe un premier réseau informel de solidarité, avec colis envoyés aux Poilus et aide partagée pour la moisson.

Après 1918, Vielmanay connaît la douleur des retours difficiles et la « saignée » démographique qui suivra jusque dans les années 1930, où le recensement ne dénombre plus que 280 habitants.

Démographie fluctuante : vies et visages du village du XVIII à aujourd’hui

L’étude des registres paroissiaux puis communaux offre un portrait nuancé de la population de Vielmanay au fil des siècles :

  • En 1700, on dénombre environ 220 habitants répartis en une cinquantaine de foyers.
  • Le maximum est atteint à la veille de 1850 (env. 420 habitants). La majorité vit de l’agriculture, mais on recense aussi un cordonnier, deux aubergistes et une fileuse de laine sur les cadastres napoléoniens.
  • La baisse démographique s’accélère après la Seconde Guerre mondiale : 169 habitants recensés en 1968, six fois moins que cent ans plus tôt (INSEE). Le dernier café ferme ses portes en 1972.

À partir des années 1980, la courbe se stabilise. Quelques familles venues des villes voisines, attirées par la tranquillité et la beauté du paysage nivernais, redonnent vie à d’anciennes maisons. Aujourd’hui, Vielmanay compte environ 170 résidants (INSEE, 2021), la moitié ayant plus de 60 ans, mais la vitalité associative reste notable, notamment autour de la salle des fêtes et des événements estivaux.

Les frontières mouvantes de Vielmanay : évolution du territoire communal

Les limites de Vielmanay n’ont jamais été figées :

  • Au Moyen Âge, le territoire dépend du découpage féodal et des possessions des seigneurs de la Motte-Josserand et de Neuvy-sur-Loire.
  • À la Révolution, le décret du 14 décembre 1789 fixe définitivement la taille de la commune : 2 012 hectares, englobant une dizaine de « lieux-dits » dont le Bourg, La Guesne, La Brosse, et Champromeau (Archives Départementales).
  • En 1831, la réorganisation cantonale rattache Vielmanay au Canton de Donzy, une décision qui structure l’identité locale et ses relations administratives jusqu’à nos jours.

Les petites disputes sur la gestion des chemins ou des pâtures, parfois consignées dans les recensements ou délibérations du conseil municipal, témoignent de l’attachement des habitants à chaque hectare de leur territoire, transmis de génération en génération.

Aménagements et patrimoine : grandes étapes de la modernisation du village

Du lavoir du Bourg à la création de la « route de Toury », la physionomie de Vielmanay a évolué par étapes :

  • 1830 : création des premiers lavoirs publics sur la rivière pour améliorer l’hygiène, initiative rare dans les villages voisins.
  • 1865 : plantation des tilleuls sur la place centrale, célébrant la fin du Second Empire et marquant la place du village.
  • 1925 : électrification progressive du Bourg et construction d’un petit transformateur : anecdote transmise par Pierre G., employé communal de l’époque, qui raconte « le grand soir où le café du village s’est illuminé comme par magie ».
  • 1946-1961 : goudronnage des routes et rehaussement des berges après des crues répétées de la Nièvre.

L’église et le cimetière, entretenus par les habitants, restent le cœur symbolique du village, tout comme la salle des fêtes, devenue centre de vie sociale. Un panneau commémoratif, installé en 2018, retrace le passé agricole du village, rappelant la fierté paysanne qui parcourt encore les rues.

Vielmanay dans le récit du Nivernais

Vielmanay n’est pas un bourg isolé : son destin épouse souvent les mouvements du Nivernais tout entier – prospérité cadastrale du XIX siècle, exode rural, crises viticoles, mais aussi résistance active durant la Seconde Guerre mondiale, à l’ombre de forêts propices aux maquis.

Le lien avec La Charité-sur-Loire, Nevers ou Donzy s’exprime dans le commerce, la sociabilité, parfois dans la migration de jeunes générations parties « gagner la ville ». Mais la mémoire collective conserve l’affection des grands paysages, du modeste clocher, des sentiers forestiers où transparaît encore le souvenir des générations passées.

On retrouve dans Vielmanay un condensé de l’histoire rurale nivernaise : attachement à la terre, lente adaptation aux bouleversements économiques et sociaux, capacité à réinventer une communauté à taille humaine, tissée de souvenirs, d’entraide et de petites victoires partagées.

Un village, mille vies : regard sur l’avenir

L’histoire de Vielmanay est celle d’un village qui a su traverser les siècles sans jamais renier son identité : celle d’une communauté rurale fière, attentive à sa mémoire et ouverte aux changements indispensables pour survivre. Son passé demeure vivant dans les pierres, les archives, les récits transmis. Et, à l’heure où le monde rural cherche un second souffle, Vielmanay rappelle combien il est crucial de cultiver et partager la mémoire de ces lieux d’antan, mémoire précieuse, « petite » histoire qui façonne la grande.

Sources : Archives départementales de la Nièvre (séries G, E, O), INSEE, POP (ministère de la culture), Le Journal du Centre, témoignages recueillis localement, cartulaires de l’abbaye de La Charité/Cartulaire de Nevers.

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