Vielmanay à travers les siècles : les événements qui ont forgé son histoire

29/08/2025

Aux origines : Vielmanay avant la Révolution

Dès le Moyen Âge, Vielmanay s’inscrit dans le paysage rural du Nivernais. Sur la carte de Cassini, dressée au XVIIIe siècle, le village est le cœur d’un territoire modelé par le bocage, la vie agricole et les petites seigneuries. L’abbaye de Saint-Martin de Nevers et la famille des Montigny marquent alors la vie locale de leur influence. L'église Saint-Pierre, attestée dès le XIII siècle, devient un repère pour la population disséminée dans les hameaux environnants.

Les registres paroissiaux de Vielmanay, ouverts en 1673, témoignent d’une population d’environ 400 âmes à la veille de la Révolution (INSEE, estimations tirées des feuillets de l’époque). Les épidémies, les mauvaises récoltes, mais aussi les solidarités villageoises rythment cette époque. Un acte de 1757 relate, par exemple, l’aide collective lors d’un incendie ayant ravagé une partie du hameau de La Chaume.

La Révolution française et le bouleversement du village

La Révolution n’épargne pas Vielmanay, même si la “grande histoire” semble passer à distance. Dès 1790, Vielmanay devient une commune à part entière. Selon les Archives Départementales de la Nièvre (série L), les anciens privilèges seigneuriaux sont abolis, et les biens de l’église — terres et métairies — sont saisis comme biens nationaux. Plusieurs familles locales rachètent alors des terres à la toute nouvelle “nation”.

  • 1789 : Lecture du cahier de doléances rédigé à Vielmanay — conservé aux archives départementales.
  • 1793 : L’église Saint-Pierre est momentanément fermée et un “arbre de la liberté” planté sur la place.
  • Des membres de familles locales (ex: les Lemoine, les Belouin) participent à la Garde nationale du canton de Donzy, parfois à contrecœur.

Si la population reste globalement fidèle à la foi catholique, une tradition orale (recueillie auprès de Mme G…, doyenne du village dans les années 1970) rapporte qu’un curé réfractaire aurait été caché quelques semaines dans la grange du lieu-dit “Morin”.

Épidémies, famines et solidarités rurales au XIX siècle

Le XIX siècle n’est pas une promenade paisible pour Vielmanay et ses alentours. Les “famines d’antan” sont encore dans toutes les mémoires. En 1816, dite “l’année sans été”, suite à l’éruption du Tambora, des registres relatent une augmentation dramatique des prix du blé, jusqu’à 20 livres le setier — du jamais vu depuis des décennies. Quelques récits rapportent que le pain de “fèves et de son” se généralise, la vraie miche de froment devenant un luxe rare.

Les épidémies frappent fort :

  • Choléra en 1832, qui emporte 17 personnes en quelques semaines (livre d’état civil, AD 58).
  • Fièvre typhoïde en 1858, notamment parmi les enfants des hameaux isolés.

Mais l’esprit de solidarité joue à plein : une “confrérie de Saint-Sébastien” est reconstituée en 1859 afin d’organiser l’entraide pendant les épidémies, selon les minutes du conseil municipal. Cette tradition subsiste au moins jusqu’à la première guerre mondiale.

De l’âge d’or rural à l’exode : la transformation du village au XIX siècle

Le XIX siècle signe aussi la modernisation : en 1841, l’école communale ouvre dans une ancienne grange réaménagée. La population atteint alors, selon le recensement de 1846, le chiffre de 562 habitants, son maximum historique (source : INSEE : Séries longues, population communale 1793-2020).

Plusieurs événements majeurs de cette époque changent le visage du village :

  • L’arrivée du chemin de fer à La Charité-sur-Loire (1860), à une quinzaine de kilomètres, encourage l’émigration saisonnière puis définitive de nombreux jeunes de Vielmanay vers Paris, mais aussi vers la Nièvre industrielle (Imphy, Decize).
  • La crise phylloxérique (années 1880) décime le vignoble local (40 hectares de vigne en 1850 contre moins de 10 en 1900, relevés cadastraux).
  • L’incendie du presbytère en 1897, relaté dans Le Journal du Nivernais, mobilise tous les habitants — anecdote transmise par la famille Rapin — mais le bâtiment ne sera reconstruit qu’après 1903.

Tous ces bouleversements, joints à la baisse des naissances, enclenchent le phénomène de dépeuplement qui façonnera le Vielmanay du XX siècle. De 380 habitants en 1901, la commune passe à moins de 200 en 1936 (INSEE).

La Grande Guerre : le deuil d’un village

Dans l’histoire du bourg, aucun événement n’aura marqué autant de familles que la Première Guerre mondiale. Sur le monument aux morts, 27 noms figurent pour la seule période 1914-1918. Cela représente plus de 10 % de la population masculine active du village à l’époque — un choc immense pour un si petit nombre d’habitants.

  • Mobilisation massive le 2 août 1914 : la mairie sert d’état-major local pour la livraison des rares uniformes.
  • Des lettres de poilus, conservées dans des familles, témoignent du désarroi puis de la lassitude grandissante devant la longueur de la guerre (source : témoignages recueillis par l’association “Mémoire Vive du Nivernais”).
  • La vie du village s’organise autour des femmes, des enfants et des personnes âgées. Certaines femmes mettent en place des ateliers d’entraide pour envoyer des vivres au front, détail repris dans le Cahier de la Société Nivernaise d'Études Locales de 2008.

La guerre laisse un village endeuillé, économique fragilisé, mais aussi unis dans le souvenir lors de cérémonies jusqu’à nos jours.

Occupation, résistance et reconstruction : Vielmanay de 1939 à 1945

La Seconde Guerre mondiale imprime également sa marque. Selon le témoignage recueilli chez certains anciens, l’occupation allemande reste discrète dans la commune même, mais la proximité de forêts comme celle de Donzy facilite les activités maquisardes. Le secteur V (Morvan) du maquis FTP, dont certains membres provenaient de Vielmanay et des environs, menait des actions de sabotage (source : Maquis du Morvan).

  • 1941 : Des réquisitions de denrées sont opérées à la ferme du Plessis.
  • Printemps 1944 : Plusieurs jeunes du village rejoignent les maquis de la région.
  • Août 1944 : Passage de troupes alliées signalé au sud du village selon les témoignages postérieurs.

Une anecdote conservée dans le carnet du curé Boisaubert relate une alerte, en juin 1944, lorsque la famille Leclère héberge fugitivement deux résistants recherchés. Puis la Libération est fêtée, comme dans tout le canton, autour d’un bal sur la place de l’église.

Après-guerre, la vie reprend lentement, marquée par la transformation du monde rural et la diminution continue de la population.

Mémoire et patrimoine : le renouveau discret depuis 1970

À partir des années 1970, Vielmanay, tout en poursuivant sa décroissance démographique (moins de 130 habitants au début du XXI siècle, INSEE), s’affirme comme gardienne d’un patrimoine rural authentique.

  • Restauration de l’église en 1976 : subvention du Conseil Général, mobilisation des habitants pour sauver les vitraux et la toiture (bulletin municipal d’août 1976).
  • Création du musée paysan (éphémère, années 1990) à l’école désaffectée : expositions sur les outils et les métiers d’antan, souvenirs vivaces!
  • Ouverture de nouveaux sentiers de randonnée en 2010 : valorisation des chemins creux et des murets de pierres sèches lors des journées du patrimoine.

Les initiatives citoyennes, les fêtes de village, et l’arrivée de nouveaux habitants soucieux de préserver l’âme du bourg témoignent d’un attachement fort à la mémoire collective.

L’héritage vivant de Vielmanay : une histoire à partager

De la Révolution à l’entrée dans le XXI siècle, Vielmanay aura su traverser les peines et les joies, les heurts et les renaissances. Dans un monde rural souvent menacé d’oubli, chaque événement, chaque anecdote, chaque vestige matériel ou immatériel partagé contribue à garder vivante la mémoire d’antan.

Pour ceux qui foulent les chemins de Vielmanay aujourd’hui, ces traces s’inscrivent à la fois dans la pierre, dans les photos de famille et dans le cœur des vivants. Il appartient à chacun, habitant ou visiteur, de faire vivre cette histoire, d’en recueillir les échos et d’inventer la suite.

Sources principales : Archives Départementales de la Nièvre (série L, E dépôt), INSEE (statistiques de population), Société Nivernaise d'Études Locales, Le Journal du Nivernais, témoignages oraux collectés dans le cadre du blog Mémoire d’Antan à Vielmanay.

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