Vielmanay au fil des siècles : récits et chiffres d’une population en mouvement

13/08/2025

D’un village rural en plein essor à un cœur qui se resserre : aperçus d’archives

Au détour des vieux registres paroissiaux du XVIII siècle, un premier tableau se dessine : Vielmanay apparaît comme une commune nivernaise à la vitalité rustique, où chaque foyer compte plusieurs enfants, où les naissances rythment la vie collective, et où bat la cadence saisonnière des travaux des champs. Ce temps semble lointain, et pourtant, chaque page d’archives y ramène, entachée parfois de ratures fiévreuses ou d’une encre palie par les ans.

Mais combien étaient-ils alors, ces habitants de Vielmanay ? Les tout premiers recensements globaux (avant l’instauration des recensements réguliers au XIX siècle) reposent sur des chiffres parcellaires, tirés de documents ecclésiastiques ou fiscaux. La paroisse de Vielmanay comptait, selon les minutes de l’intendant de la généralité de Moulins en 1740, environ 450 âmes (sources : Archives Départementales de la Nièvre, série C).

  • 1740 : Environ 450 habitants recensés dans la paroisse.
  • 1801 : Premier recensement officiel moderne : 544 habitants (Source INSEE, recensements historiques).
  • 1846 : Le sommet est atteint avec 729 habitants.

Derrière ces chiffres, la réalité d’un village animé, vivant au gré des veillées, des vendanges et de la lessive au lavoir.

Le grand XIX siècle : du pic à la déprise

Journaliers, laboureurs, mais aussi charretiers et tisserands composaient alors le tissu d’une communauté où, selon les recensements successifs, la densité de population rivalisait avec celle des bourgs voisins. Le recensement de 1846 marque l’apogée démographique de Vielmanay, avec 729 habitants répartis dans une centaine de foyers. Chacun pouvait alors croiser plusieurs familles nombreuses. Certaines portaient des noms qui résonnent encore dans la mémoire des lieux : Dubuisson, Jolly, Pannetier…

Le record est, comme souvent dans la ruralité nivernaise, suivi d’un lent repli. Dès les années 1860, la ligne décroît :

  • 1861 : 701 habitants
  • 1881 : 599 habitants
  • 1901 : 469 habitants

Les causes se croisent et se relaient :

  • La modernisation agricole fait disparaître nombre d’emplois saisonniers.
  • L’attraction des villes, avec Nevers toute proche ou encore Paris, où bien des jeunes Nivernais montent s’engager comme domestiques, ouvriers ou garde-barrières.
  • Les grandes crises agricoles, notamment le phylloxéra qui ruine la vigne à la fin du XIX siècle (cf. Bulletin de la Société d’Agriculture de la Nièvre, années 1880).
  • La diminution, dans le même temps, du taux de natalité, observable partout en France mais marqué dans les campagnes.

Cette érosion silencieuse perce dans les archives : les mariages groupent de plus en plus d’hommes et de femmes venus d’ailleurs, ou repartant ailleurs une fois la cérémonie célébrée.

Guerres, exode rural et chassés-croisés du XX siècle

Le terrible XX siècle porte son fardeau. Le monument aux morts de Vielmanay compte, dans la pierre, les noms de 27 jeunes hommes tombés au front durant la Grande Guerre. Ce chiffre, rapporté au nombre total d’habitants de l’époque (447 en 1911, puis seulement 381 en 1921), illustre le traumatisme démographique de tout un village : quasiment 6 % de la population fauchée en quelques années, sans compter l’exode des veuves et orphelins partis chercher fortune ailleurs.

Le mouvement migratoire s’amplifie après 1945. En 1946, il ne reste que 291 Vielmanaysiens enregistrés. Les bras manquent pour les exploitations agricoles et les fermes se vident, certaines fermant définitivement. Une simple promenade dans les hameaux du Grand Bois ou de la Rue Blanche laisse deviner, derrière l’herbe folle, les vestiges d’habitations délaissées.

  • 1962 : 242 habitants
  • 1975 : 182 habitants
  • 1990 : 146 habitants

Cette descente continue est ponctuée de quelques stabilisations, lorsque des retraités reviennent au pays ou que de nouveaux venus, séduits par le calme rural, s’installent à Vielmanay à partir des années 1990.

Mutation des familles et nouvelle réalité villageoise

L’analyse des registres municipaux et des recensements récents révèle un autre visage de Vielmanay. Aux familles de huit voire dix enfants de la fin du XIX siècle succèdent des ménages plus petits, parfois des personnes seules ou des couples âgés. Cette mutation s’accompagne aussi d’une redéfinition du village : l’école ferme dans les années 1970 (Archives communales), le nombre de commerçants chute, et le passage à l’intercommunalité reconfigure les solidarités locales.

Pour mieux comprendre ces mutations, il suffit de lire les listes électorales ou d’observer les photos de classe des années 1950 – qui comptaient encore une vingtaine d’élèves contre… à peine une poignée lors du dernier regroupement scolaire.

Les témoignages recueillis auprès d’anciens Vielmanaysiens confirment ce sentiment de désertification :

  • « Nous étions 7 frères et sœurs, aujourd’hui il n’y a plus d’enfant dans la maison », confiait Mme L., octogénaire native du Bignon.
  • « La route des Morts, autrefois bordée de charrettes les jours de Toussaint, est devenue silencieuse. »

Nouveaux habitants, renouveau discret des campagnes ?

Depuis le tournant du XXI siècle, les dynamiques démographiques évoluent. Certes, Vielmanay n’a pas retrouvé les foules d’autrefois, mais la pente du déclin ralentit.

  • 2008 : 110 habitants (INSEE)
  • 2018 : 120 habitants
  • 2021 : 116 habitants

On observe, à l’image de nombreuses communes de la Nièvre, quelques installations ou retours, souvent motivés par la recherche de calme, de logement accessible, et d’un certain art de vivre rural. Les profils évoluent : familles avec jeunes enfants, néoruraux venus de la région parisienne, mais aussi retraités – apportant chacun de nouvelles habitudes et réinvestissant les maisons autrefois fermées.

Les réseaux d’entraide se réinventent. Les associations animent fêtes ou marchés, le four banal veille jalousement sur ses secrets. Si le village n’est plus peuplé comme au temps des grandes années, il renaît par bribes : enfants sur le pas de l’école communale pendant les vacances, échanges de légumes entre voisins, randonnées collectives à la belle saison.

Ce que nous apprennent les chiffres et les récits

L’évolution démographique de Vielmanay, loin de se résumer à une simple courbe, donne à lire toute la complexité de la vie rurale nivernaise sur plus de deux siècles :

  1. Un âge d’or démographique au XIX siècle, lié à une économie essentiellement agricole et artisanale.
  2. Un exode rural massif, provoqué par les bouleversements de l’industrie, les guerres et le renversement des équilibres familiaux.
  3. La rétraction puis la diversification du village, aujourd’hui composé de nouvelles générations d’habitants ou de néo-Vielmanaysiens.

La mémoire de Vielmanay, ce sont aussi les histoires individuelles : celle d’un arrière-grand-père parti travailler sur le canal du Nivernais, d’une nourrice montait vendre ses services à Paris, d’enfants qui retrouvent, grâce aux associations, le goût de la fête communale.

Feuilleter ces archives, tendre l’oreille aux témoignages, c’est comprendre comment un village, malgré toutes les tempêtes de l’Histoire, continue d’exister par la vitalité de sa mémoire collective et la force tranquille de ses liens humains. Vielmanay, modeste sur la carte, mais riche de tant de vies passées et présentes.

Sources principales : INSEE (www.insee.fr), Archives Départementales de la Nièvre (registres paroissiaux et recensements), Bulletins de la Société d’Agriculture de la Nièvre, entretiens et témoignages d’habitants (collecte Mémoire d’Antan à Vielmanay).

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