Du village d’antan à aujourd’hui : métamorphoses du territoire de Vielmanay depuis le XIXe siècle

08/01/2026

Le territoire communal de Vielmanay, dans la Nièvre, a connu de profonds bouleversements depuis le XIXe siècle. Ces transformations s’expriment tant dans le paysage que dans la vie quotidienne de ses habitants. Voici, en quelques points essentiels, l’évolution de Vielmanay à travers époques, chiffres et événements marquants :
  • Stabilité puis déclin démographique : D’un village dynamique au XIXe siècle (plus de 800 habitants en 1846), Vielmanay a vu sa population chuter jusqu’à moins de 130 âmes au XXIe siècle.
  • Bouleversements agricoles : Abandon progressif de la polyculture vivrière au profit de fermes plus vastes et mécanisées, réorganisation du paysage rural.
  • Transformations administratives : Ajustements des limites communales, centralisation des services et annexion de territoires périphériques parfois évoquée.
  • Patrimoine bâti et naturel : Disparition de nombreux hameaux, écoles et moulins ; renaturation des paysages et conservation d’éléments majeurs du patrimoine.
  • Persistances et ruptures dans la mémoire locale : Rôle des récits, coutumes et traces collectives, permettant de transmettre l’âme du village malgré le passage du temps.

Vielmanay au XIXe siècle : un village étendu et vivant

Au début du XIXe siècle, Vielmanay n’a pas encore connu l’exode rural qui transformera plus tard la France profonde. Selon le recensement de 1846, la commune compte 844 habitants1. L’essentiel de la vie s’organise autour de plusieurs hameaux : L’Hôpital, La Brosse, Les Thureaux, Senoy et d’autres, parfois disparus aujourd’hui. Les cartes d’état-major de 1846 à 1870 montrent un territoire largement couvert par la polyculture, le bocage, les petites prairies humides et les communaux que se partagent plusieurs familles. C’est là, dans la langue des pierres, des chemins creux, des mares et des lavoirs, que bat le cœur rural de Vielmanay.

  • Grandes familles rurales, partageant terres et outils.
  • Nombreux métiers vivant du territoire : tuiliers, meuniers, charretiers, forgerons.
  • Présence de deux écoles (fille et garçon), de plusieurs auberges, de moulins à eau sur La Sielle et sur Nohain.

Le territoire communal, d’environ 24km², reste alors stable depuis la création du département de la Nièvre en 1790. Sa forme et ses limites sont clairement déterminées par la Révolution, mais certains ajustements intercommunaux (parcelles, droits de pacage) seront signalés dans les délibérations municipales tout au long du siècle.

L’âge des mutations : Vielmanay entre déclin et recomposition (fin XIXe – début XXe siècle)

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, Vielmanay, comme tout le Nivernais, entre dans une période de mutation profonde. Plusieurs facteurs viennent bouleverser la vie et le territoire du village :

  1. L’exode rural et la baisse démographique : La chute du nombre d’habitants est spectaculaire : à peine 610 habitants en 1896, puis 426 en 19312. Certains hameaux se vident, les maisons sont peu à peu abandonnées ou converties en bâtiments agricoles. Écoles, commerces et services ferment tour à tour.
  2. Diminution des terres communales et remembrement : Vers 1910-1930, sous la pression d’une agriculture modernisée (mécanisation, engrais, assolement), le bocage recule. Le remembrement de 1953-1956 laisse des traces visibles dans l’organisation du paysage : des haies disparaissent, les parcelles gagnent en taille, le pâturage collectif s’efface.
  3. Fermeries et spécialisation agricole : Avènement de quelques grandes fermes familiales tournées vers la production céréalière ou l’élevage bovin, au détriment de la diversité d’antan.
Évolution démographique de Vielmanay (XIXe-XXIe siècle, source : INSEE et archives communales)
AnnéePopulation
1846844
1896610
1931426
1975197
2020128

Ces pertes humaines ne sont pas qu’une statistique : elles laissent, dans les souvenirs transmis et les paysages, un sentiment d’espace soudain plus vaste, et parfois mélancolique. “Il n’y avait plus d’enfants dans le hameau”, racontera Madame J., née après-guerre, “la maison de ma grand-mère est restée fermée quarante ans.”

Entre 1945 et 1980 : changements administratifs et renouveau paysager

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le territoire communal doit s’adapter à de nouveaux défis. La disparition de la vigne, ravagée par le phylloxéra puis abandonnée faute de main-d’œuvre, change la physionomie des coteaux. Les haies, arrachées lors du remembrement, laissent place à de grands champs ouverts. Quatre écoles ferment entre 1950 et 1970, signe d’une centralisation des élèves vers la commune-centre ou vers Prémery.

  • Rationalisation des services publics : Regroupement des écoles et fermeture du bureau de poste local.
  • Défense des frontières communales : Tentatives, parfois, de fusion avec une commune voisine, projet restant lettre morte grâce à l’opposition des conseils municipaux successifs (archives communales).
  • Modernisation difficile : Arrivée tardive des réseaux d’eau potable (1965) et de l’électricité (les derniers hameaux seront reliés en 1967-1970).

Si la commune ne change pas officiellement de limites, les hameaux les plus isolés se rapprochent symboliquement du centre. L’hôpital, autrefois prospère, devient un simple lieu-dit. “On n’y va plus que pour les champignons”, glisse un habitant des années 2000.

La mémoire du lieu : vestiges, patrimoine et transmission

La carte de Vielmanay actuelle garde, comme une archéologie invisible, les cicatrices de son passé : anciennes routes communales déclassées, ponts abandonnés, lavoirs envahis de lierre. Quelques éléments témoins de l’évolution du territoire :

  • L’église paroissiale Saint-Etienne : Point d’ancrage du village, rénovée dans les années 1980 avec participation bénévole des habitants.
  • Les moulins disparus : Du Moulin Pothier au Moulin de Pré-Maux, les ruines et les récits subsistent, mais l’activité s’est totalement éteinte après 19503.
  • Le pont du vieux chemin de La Brosse : Utilisé jusqu’en 1914 pour la transhumance, il n’est plus fréquenté mais inspire encore, lors des balades, les enfants du village.
  • Arbres et alignements : Plantations issues du remembrement, devenues aujourd’hui repères familiers (au chêne du plateau, à la croix de chemin).

La mémoire se transmet moins par le bâti que par les récits et les gestes, souvent lors des cérémonies du monument aux morts ou à la fête communale.

Vielmanay aujourd’hui : persistance d’une identité rurale, nouveaux enjeux

En 2020, Vielmanay ne compte plus que 128 habitants. Pourtant, le territoire communal reste marquant à plusieurs titres :

  • Maintien d’activités agricoles, mais résilience paysagère : Près de 80 % des surfaces sont agricoles, le reste composé de bois et friches, favorisant le retour du gibier et d’espèces végétales rares.
  • Revalorisation du patrimoine : Initiatives locales pour restaurer les fontaines, croix, calvaires, et mise en valeur du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle passant à proximité.
  • Nouvelle attractivité rurale : Arrivées de néo-ruraux, développement du tourisme vert et de gîtes ruraux autour de Vielmanay.
  • Questions d’aménagement à l’échelle intercommunale : Partage de certaines compétences (voirie, gestion de l’eau) avec la Communauté de communes Les Bertranges4.

Le visage de Vielmanay a changé, mais la résilience de son territoire, où chaque parcelle a son histoire, demeure. Des enfants lancent encore des cailloux sur le chemin du moulin, et lors des veillées, les souvenirs s’échangent, charriant des bribes de la vie d’autrefois. La mutation du territoire communal n’est jamais qu’un chapitre de plus dans cette grande chronique locale qui continue de s’écrire, génération après génération.

Sources : 1. Recensement général de la population de la Nièvre, 1846 (archives départementales). 2. INSEE, recensements décennaux ; Archives communales de Vielmanay. 3. Archives orales, témoignages recueillis par la Société nivernaise des lettres, sciences et arts (2005-2010). 4. Communauté de communes Les Bertranges, bulletin intercommunal 2022.

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