Chemins d’autrefois à Vielmanay : entre souvenirs effacés et traces persistantes

01/02/2026

L’histoire du village de Vielmanay est intimement liée à celle de ses chemins ruraux, véritables artères du passé menant de hameaux en métairies, reliant champs, bois et fermes. Certains de ces chemins ont disparu, engloutis par le remembrement ou l’essor des cultures, d’autres ont changé de tracé à la faveur des aménagements ou des évolutions agricoles.
  • De nombreux chemins anciens, autrefois vitaux pour l’activité rurale, ne figurent plus sur les cartes actuelles de Vielmanay.
  • Le remembrement agricole dans la seconde moitié du XXe siècle a entraîné la disparition ou le déplacement de plusieurs voies.
  • Des traces subsistent dans les archives, sur d’anciens cadastres et dans la mémoire orale des habitants.
  • Ces chemins témoignent de l’évolution du village, de ses modes de vie et de ses paysages.
  • Certains parcours sont encore visibles sur le terrain sous forme de talus, de bosquets ou de voies empruntées par les promeneurs.
  • Les recherches locales et le croisement des sources permettent de faire revivre cette géographie oubliée.

Pourquoi les chemins ruraux de Vielmanay ont-ils tant changé ?

Le réseau des chemins ruraux de Vielmanay s'est tissé au fil des besoins de la ruralité : desservir les champs, relier hameaux et fermes isolées, accéder à l’eau ou aux moulins. Leur tracé, souvent hérité du Moyen Âge voire de l’époque gallo-romaine, s’adaptait aux contours naturels, aux droits d’usage et aux pratiques communautaires.

Cependant, plusieurs phénomènes majeurs ont bouleversé ce paysage :

  • Le remembrement agricole (années 1960-1980) : vaste opération nationale qui a rendu les parcelles plus homogènes et accessibles, au prix de la disparition de nombreux vieux chemins latéraux ou serpentant entre les terres. L’environnement de Vielmanay a été concerné, comme en témoignent les plans cadastraux d’avant et d’après remembrement consultés aux archives départementales de la Nièvre.
  • La mécanisation et l’extension des cultures : pour permettre le passage des tracteurs, certains chemins jugés inutiles ou peu praticables ont été supprimés et leurs tracés effacés. D’autres, transformés en chemins d’exploitation ou réservés à quelques usages agricoles, ont changé d’allure.
  • L’abandon progressif de certains hameaux : lorsque des fermes isolées ont été délaissées ou rasées, les itinéraires qui menaient à elles ont parfois été engloutis sous la végétation ou privatisés par la redistribution des terres.
  • L’évolution des usages quotidiens : la diminution du déplacement à pied ou à cheval, la réduction des foires et commerces locaux, ont contribué à rendre superflues certaines voies.

Les chemins disparus : l’exemple du chemin de la Baratte à La Brosse

Parmi les premiers chemins à avoir disparu du paysage de Vielmanay, beaucoup reliaient autrefois les petits hameaux ou permettaient de contourner les fonds humides. Un exemple marquant est celui du chemin de la Baratte à La Brosse.

Ce tracé figure sur le cadastre napoléonien de 1825 (Archives départementales de la Nièvre, plan original consultable en salle de lecture). Il partait du hameau de La Baratte, longeait le ruisseau du Tremblay puis, au lieu de suivre la route moderne, serpentait à travers prés et bosquets pour desservir la ferme de La Brosse.

Or, si l’on compare ce plan à une carte IGN actuelle, le chemin s’arrête désormais en lisière de champ et disparaît totalement après les premiers mètres. Les vestiges sont à peine visibles : quelques pierres de murets effondrés, un léger creux dans le terrain, et dans la mémoire de certains anciens, le souvenir de passages effrénés pour rejoindre les fenaisons ou la messe du dimanche.

  • La disparition semble dater de la décennie 1970, reconnue localement comme une période d’intenses travaux de réaménagement rural.
  • Le chemin a été requalifié « terrain agricole » à la suite du remembrement, car jugé “hors d’usage” selon le procès-verbal du conseil municipal de Vielmanay en 1976 (source : Registres municipaux).

Des chemins transformés : le vieux chemin du moulin de Charry

Le village de Vielmanay comptait autrefois plusieurs moulins, essentiels pour la meunerie locale. L’accès à ces lieux nécessitait des chemins spécifiques, parfois très anciens. Le fameux chemin du moulin de Charry passait non loin de la rivière Nièvre et longeait les marais.

Dans le procès-verbal de reconnaissance des chemins ruraux de 1887 (Archives communales), il est mentionné sous le nom de « chemin du Charry à Vielmanay, dit chemin du Moulin ». À présent, il ne suit plus le même tracé sur ses deux tiers. À la suite de plusieurs crues, le sentier a été déplacé sur la partie la plus haute du talus pour éviter les inondations, en 1958 et de nouveau en 1972.

Aujourd’hui, sur le terrain, on devine encore le tracé originel par la présence d’un vieux pont de pierre, isolé au milieu des joncs, vestige de cette route vers le moulin disparu (détruit début XXIe). Une anecdote transmise dans les familles du secteur : nombre de jeunes y apprenaient à faire du vélo sur la terre battue, profitant des longues lignes droites et de l’ombre des peupliers bordant le chemin.

Les chemins de traverse et sentiers oubliés

Enfin, tous les chemins disparus n’étaient pas officiellement nommés : la toponymie locale retient quelques « traverses » ou « chemins des vaches », souvent perpendiculaires aux grandes communications. Leur configuration évoluait selon les coupes de haies, l’ouverture de nouveaux champs, parfois sur simple accord verbal entre fermiers.

Un des exemples typiques est le sentier dit « du Chêne au curé », qui permettait d’atteindre un vieux chêne signalé comme limite paroissiale et rendez-vous pour la bénédiction des rogations jusque dans les années 1930. Ce chemin, absent du cadastre mais présent sur des croquis familiaux et mentionné dans une chronique paroissiale de 1899, a totalement disparu sous les labours après la Seconde Guerre mondiale.

D’autres sentiers menaient aux anciennes fontaines (fontaine de la Grâce, fontaine de la Pissotte) ou reliaient plusieurs métairies aujourd’hui abandonnées (La Devantelle, Les Ouches). Il en reste parfois une haie persistante ou un vieux portail scellé dans la végétation.

Mémoire orale et traces dans le paysage

Les chemins ruraux « disparus » ne s’effacent jamais totalement. Les souvenirs des anciens, recueillis lors d’enquêtes orales ou à la faveur de discussions au détour des fêtes du village, maintiennent vivante la connaissance de ces itinéraires évanouis. Plusieurs habitants se rappellent encore du « chemin du charretier », partant du bourg vers le sud, jadis chemin privilégié des marchands de charbon de bois descendant sur la Petite Loire.

Fait notable : beaucoup de propriétés ont encore dans leur clôture un portillon ou une allée qui rejoignait autrefois un chemin. Des noms de lieux-dits en témoignent —« la Côte des Sabots », « le Pavé »—, autant d’indices qui apparaissent sur les plans anciens, même si le tracé n’est plus décelable sur le terrain.

Sources et repères pour retrouver les chemins d’antan

Nom du chemin ou sentier Tracé ou statut actuel Sources confirmant la disparition / modification Vestiges visibles aujourd’hui
Chemin de la Baratte à La Brosse Disparu, transformé en champ Cadastre 1825 / Registre municipal 1976 Talus effondré, végétation persistante
Chemin du Moulin de Charry Tracé modifié, déplacement sur la berge haute PV chemins ruraux 1887 / mémoire orale locale Pont isolé, ancien alignement de peupliers
Sentier du Chêne au curé Totalement effacé Chronique paroissiale 1899 / croquis familiaux Rien, si ce n’est un vieux chêne isolé
Chemins de la fontaine de la Grâce / de la Pissotte Chemin réduit à quelques mètres, englobé dans une haie Plans de cession 1943 / orale Portail, haie en arc de cercle

Ce que ces disparitions disent de Vielmanay et de son territoire

L’effacement ou la transformation des anciens chemins ruraux de Vielmanay n’est pas qu’une question de géographie : il révèle les grandes mutations du monde rural. Chaque voie disparue, chaque détour oublié témoigne de l’adaptation du village aux exigences de l’agriculture moderne et du progrès technique, mais aussi du lien particulier qui unissait les habitants à leur terroir.

Réhabiliter la mémoire de ces chemins, c’est se souvenir d’une vie plus lente, rythmée par la marche, le chant des charrettes, les pauses à l’ombre d’un arbre isolé. Ces chemins ressurgissent parfois au gré d’une randonnée, d’une discussion familiale ou en dépliant de vieux plans poussiéreux : autant d’invitations à explorer le paysage d’aujourd’hui avec un regard renouvelé, attentif à la moindre trace de l’antan.

Sources principales :

  • Archives départementales de la Nièvre (cadastres, procès-verbaux, chroniques paroissiales)
  • Registres municipaux de Vielmanay
  • Entretiens avec des habitants de Vielmanay (collecte orale, 2022-2024)
  • Patrimoine-senonnais.fr (sur l’évolution des chemins ruraux en Bourgogne)
  • Cartes IGN, série historique

En savoir plus à ce sujet :