Des sentiers médiévaux aux chemins de grande communication
Parcourir Vielmanay, c’est traverser un paysage où l’histoire des voies de passage demeure inscrite dans le relief, les haies et l’apparente simplicité des tracés. Jusqu’au XIXe siècle, le réseau se compose presque uniquement de chemins ruraux : sentiers touffus, parfois encaissés (“chemins creux”), connectés au gré des usages et du rythme des saisons. Ces chemins servent d’axes quotidiens pour les laboureurs, les charretiers, les bergers et même les contrebandiers (le sel, taxé, suit des voies détournées).
Une carte de Cassini (fin XVIIIe siècle), disponible sur Géoportail, montre à quel point ce réseau est dense et informe : des ramifications vers chaque hameau, des liens avec les villages voisins (La Celle-sur-Nièvre, Dompierre, Saint-Malo-en-Donziois). Déjà, certains chemins suivent des axes anciens, dont certains pourraient remonter à l’époque gallo-romaine, même si la Nièvre reste à l’écart des grandes voies romaines principales.
Jusqu’à la Révolution, l’entretien repose surtout sur les corvées, ces journées imposées où les habitants, “corvéables”, viennent réparer nids-de-poule et ornières selon les périodes décrétées par le seigneur ou l’administration royale. Plusieurs registres de délibérations conservés aux archives départementales de la Nièvre témoignent des supplications des habitants pour “déplacer un gué”, “dresser une passerelle en bois sur le ruisseau de la Bouteille”, ou “remettre de la pierraille sur la voie menant aux terres de Charenton”.
La logique d’autrefois : un réseau au service des besoins locaux
Au fil des siècles, les itinéraires s’adaptent aux contraintes naturelles : rivières, zones marécageuses, forêts. On évite les crues de l’hiver et les chemins sableux de l’été. Certaines voies anciennes, parfois qualifiées de “chemins de rouliers” (transporteurs de denrées), figurent dans les terriers (recensements de biens fonciers) ou sous des noms disparus (“chemin du Bois de Chartrain”).
- Le “chemin de la Mairie”, déjà mentionné sur un registre de 1737, relie le centre aux principales métairies, servant à la fois de voie de communication et de trait d’union entre familles alliées par le travail des champs.
- D’anciens chemins de transhumance reliaient Vielmanay à une partie du Morvan, attestés par la tradition orale recueillie auprès d’anciens habitants dans les années 1980.
- Le “Vieux Chemin de Cosne”, partiellement visible sur le cadastre napoléonien (Archives départementales de la Nièvre, 3P), constitue un exemple typique de route abandonnée lors de la réorganisation du réseau au XIXe siècle.