Sur les traces des chemins d’antan : Les 7 voies de Vielmanay vers les villages voisins

28/09/2026

Un réseau vivant : Vielmanay et ses voisins

Avant de détailler les sept routes les plus fréquentées, il faut replacer Vielmanay dans son contexte. Commune rurale du sud-ouest de la Nièvre, elle fait le pont entre Loire et forêts, entre terres agricoles et rivières. Historiquement, le “réseau routier” n’était pas réellement constitué de route au sens moderne ; il s’agissait le plus souvent de chemins charretiers, bordés de haies, praticables à pied, à cheval, ou — plus tard — en bicyclettes. L’automobile ne s’est vraiment imposée que dans le courant du XXe siècle.

Les routes qui relient Vielmanay aux villages d’Arthel, Arzembouy, La Celle-sur-Nièvre, Chasnay, Narcy, Saint-Franchy et Montenoison (pour ne citer qu’eux) sont courtes, mais denses en récits. Au fil des archives communales, des cartes d’état-major (notamment celles consultables via l’outil Gallica de la BnF) et des témoignages d’anciens, on découvre les usages, les anecdotes et l’évolution de ces voies de passage.

1. La route de La Celle-sur-Nièvre : Artère vitale et chemin des foires

Première citée dans de nombreux registres de délibérations communales des années 1830 à 1900, la route vers La Celle-sur-Nièvre occupe une place à part. Utilisée pour accéder au bourg où se tenait autrefois la principale foire agricole du secteur, elle permettait également de rejoindre l’axe menant à Prémery et Nevers.

  • Longueur approximative : 4 km
  • Particularités : Passages boisés, un ancien gué sur la Nièvre
  • Anecdote : Selon le témoignage de Madame L., « les jours de foire, la route résonnait du cliquetis des sabots et du hennissement des chevaux, et tout Vielmanay semblait en procession vers La Celle ».

Ce chemin a été régulièrement entretenu au XIXe siècle, en témoignent les délibérations relatives aux "corvées" : chaque famille devait participer à la réparation après les crues ou les dégradations hivernales (Archives communales de Vielmanay, 1844).

2. Le chemin d’Arthel : une histoire de pierres et de châteaux

Le village d’Arthel séduit autant pour ses châteaux (Château d’Arthel et Château de la Motte) que pour sa tradition de tuilerie. La route qui y mène depuis Vielmanay servait aux échanges économiques : transport des denrées, passages des tâcherons et, du XIXe au début du XXe siècle, de longues files d’hommes et de femmes partant à la “journée” travailler sur les terres d’Arthel.

  • Longueur : 5,2 km
  • Particularité : Liée dès le XIXe aux carrières et tuileries (cf. Bulletin de la Société académique du Nivernais, 1897)
  • Détail patrimonial : Le chemin traversait la “Pierre Qui Parle”, un rocher connu des enfants pour faire écho à leurs cris dans la vallée.

Lors des vents d’automne, ce chemin était réputé froid mais très fréquenté : la visite au notaire d’Arthel ou au médecin était un passage obligé pour nombre de familles de Vielmanay.

3. Le sentier d’Arzembouy : la voie discrète des riverains

Moins spectaculaire, ce sentier vers Arzembouy était pourtant fondamental : il servait aux pasteurs pour déplacer les bêtes entre les prairies s’étendant aux marges des deux communes.

  • Distance : 3,7 km
  • Usage : Chemin pastoral à l’origine, puis voie des écoliers rejoignant l’ancienne “cantine” d’Arzembouy dans les années 1950-1960 (source : témoignage de Jean D., né en 1947, archive orale Mémoire d’Antan en 2022).

Jusqu’aux années 1970, pour les familles du hameau du Bourgneuf, il était plus court de passer par Arzembouy pour certaines démarches administratives ou pour assister aux offices particuliers, surtout lors des partages de terres après les moissons.

4. La voie de Chasnay : route de la poste et trajets quotidiens

Deux fois par semaine, la “voiture de poste” reliait Vielmanay à Chasnay (avant de rejoindre la ligne de Clamecy à Cosne, selon les données du Journal de la Nièvre, 1873). Cette route était celle de la modernité tranquille : courrier, nouvelles, et parfois petits colis y transitaient.

  • Longueur : 6,5 km
  • Fréquentation : Les commerçants prenaient souvent la voiture de poste, montant avec du pain, du vin ou des denrées à vendre sur le petit marché de Chasnay.
  • Souvenir local : On raconte que le facteur, Monsieur Planchon, arpentait la route à bicyclette jusque dans les années 1970, même en hiver.

Les jours de pluie, la route était difficile, transformant l’expédition en véritable aventure, comme l’attestent de nombreux cahiers d’écoliers conservés à la médiathèque de Prémery.

5. La route de Narcy : axe commerçant et chemin des migrations saisonnières

Au XIXe siècle, la “descente sur Narcy” concentrait une partie du trafic commercial du secteur : foires aux bestiaux, vente de céréales ou recrutement d’ouvriers agricoles saisonniers, notamment pour la vallée de la Loire.

  • Longueur : 9 km
  • Attractivité : Pendant la guerre de 14-18, il n’était pas rare d’apercevoir des groupes d’hommes le long de ce chemin, traversant Narcy pour s’engager ou rejoindre les gares (témoignages croisés issus du Bulletin paroissial de Vielmanay, archives privées famille M.).
  • Particularité : Point de passage hivernal pour les ramasseurs de bois ou les “ramasse-viande” (petits marchands ambulants allant de ferme en ferme selon la saison des abattages).

Encore aujourd’hui, la route reste sinueuse, bordée d’arbres centenaires, mémoire végétale d’un aller-retour quotidien.

6. Le chemin de Saint-Franchy : veine agricole et passage des conscrits

Saint-Franchy, modeste village voisin, n’en était pas moins un point d’appui. La route qui y mène a surtout vu défiler, à chaque printemps, les “conscrits” (jeunes hommes du village partant pour le service militaire après les grandes fêtes de Vielmanay, pratique attestée dès 1880).

  • Distance : 5 km
  • Événements liés : Départs collectifs de jeunes accompagnés à pied par la quasi-totalité du village (cf. Photographies issues des collections particulières, village de Vielmanay année 1921).
  • Utilité agricole : Période des fenaisons et des semailles : le passage régulier des attelages de bœufs était si dense que la commune fit installer des pierres-bornières dès 1902 pour protéger les talus.

Ce chemin reste le théâtre d’histoires orales partagées aux veillées, entre nostalgie et humour rustique.

7. Vers Montenoison : la route qui mène à la “montagne”

La destination la plus “éloignée” symboliquement est Montenoison, avec son éperon rocheux dominant plains et forêts. Bien plus qu’une simple voie de communication, le chemin jusqu’à Montenoison fut longtemps emprunté par les pèlerins lors de fêtes votives (notamment à la Pentecôte, source : Carnets de l’abbé F., 1932, archives paroissiales).

  • Distance : 10,5 km
  • Particularité : Dénivelé important, vues remarquables sur les campagnes environnantes.
  • Fête traditionnelle : Certains anciens racontent avoir traversé cette route à l’aube, pour “sonner la cloche” qui marquait la fin de l’hiver.

La tradition du pèlerinage s’est atténuée mais subsiste sous une forme associative lors des balades organisées par l’Office de tourisme du Nord-Nivernais.

Chemins et mémoire : un patrimoine à préserver

Marcher sur ces routes, c’est traverser un paysage nourri des gestes séculaires : le salut du facteur, la halte sous un vieux tilleul, l’ombre d’un charriot sur les pavés. Beaucoup de ces sentiers sont aujourd’hui délaissés ou remplacés par des axes plus directs, mais ils conservent dans l’imaginaire collectif leur charge de souvenirs. Le cadastre napoléonien (consultable aux archives départementales de la Nièvre), la tradition orale, et l’attention que l’on porte à ces petites traces témoignent de leur importance.

Route Village desservi Distance (km) Usage marquant
Route de La Celle-sur-Nièvre La Celle-sur-Nièvre 4 Foire agricole, axe principal XIXe
Chemin d’Arthel Arthel 5,2 Tuileries, châteaux, journées de travail
Sentier d’Arzembouy Arzembouy 3,7 Pâturages, traversées d’écoliers
Voie de Chasnay Chasnay 6,5 Poste, marchés, trajets quotidiens
Route de Narcy Narcy 9 Foires, migrations saisonnières
Chemin de Saint-Franchy Saint-Franchy 5 Départs militaires, activités agricoles
Route de Montenoison Montenoison 10,5 Pèlerinages, fêtes rurales

Pour aller plus loin : explorer, raconter, transmettre

Les sept routes de Vielmanay sont davantage que des liens entre villages : elles expriment la persévérance et la solidarité des habitants d’une France rurale en pleine mutation. Redécouvrir ces chemins, c’est faire revivre le “bruit du temps”, et rendre hommage à ceux qui les ont foulés, du laboureur pressé au conscrit ému, du pèlerin fervent à la postière courageuse. Le patrimoine des routes, c’est notre bien commun — une invitation permanente à explorer, raconter et transmettre.

Sources principales : Archives départementales de la Nièvre (cadastre napoléonien, recensements, délibérations communales), Bulletins de la Société Académique du Nivernais, Gallica BNF, témoignages de Vielmanay (collecte 2021-2023).

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