Unir les forces : la coopération des communes rurales autour de Vielmanay pour préserver les services publics

11/09/2026

Un défi partagé : la fragilisation des services publics en milieu rural

Depuis plusieurs décennies, les petites communes rurales de la Nièvre, à l’image de Vielmanay et de ses proches voisines du canton de Donzy, voient leurs services publics s’amenuiser. Fermeture d’écoles, horaires réduits pour la Poste, disparition des trésoreries et autres administrations… Les causes en sont multiples : évolution démographique, restrictions budgétaires, centralisation croissante des structures. Cette fragilisation ne date pas d’hier : elle s’inscrit dans un long mouvement de réorganisation du territoire amorcé après la Seconde Guerre mondiale, mais qui, depuis les années 1980, s’est accéléré.

Pourtant, la mobilisation locale n’a pas faibli. L’histoire récente de Vielmanay montre combien les élus des petites communes, épaulés par les habitants, ont pris à bras-le-corps la nécessité de maintenir un accès digne aux services fondamentaux : éducation, santé, transport, culture et lien social. Face à des moyens parfois dérisoires, la collaboration intercommunale s’impose comme une voie salutaire, innovante et, souvent, solidaire.

Naissance et rôle central des communautés de communes

Depuis la loi Chevènement de 1999, la France a vu se multiplier les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), et notamment les « communautés de communes » dans les territoires ruraux. Pour le canton de Donzy, la Communauté de Communes Cœur de Loire (Cœur de Loire) est l’outil qui permet aux villages de mutualiser leurs ressources et d’organiser ensemble la sauvegarde (et parfois la relance) des services publics.

  • Mise en commun des moyens financiers et humains : Réalisation de budgets consolidés pour financer, par exemple, une crèche intercommunale ou l’entretien des voiries.
  • Développement d’initiatives collectives : Création de maisons de services au public (MSAP), engagement dans le numérique, organisation commune de la gestion des déchets…
  • Force de négociation accrue : Interface privilégiée avec les services de l’État, la préfecture, et la région pour défendre les intérêts des communes.

Toute la philosophie repose sur la solidarité locale : certains équipements ne pourraient exister sans une telle logique fédérative, du fait de la faiblesse démographique et des ressources fiscales isolées.

Exemples concrets de collaborations autour de Vielmanay

L’école et la périscolaire : la sauvegarde en réseau

S’il est un service qui cristallise les émotions à Vielmanay comme ailleurs, c’est bien l’école. Qui ne se souvient pas du choc, parfois du découragement, devant l’annonce d’une fermeture d’école ? À Vielmanay, l’école a disparu depuis les années 1980, mais la mémoire en reste vive dans les familles. Toutefois, la fermeture de classes n’a pas marqué la fin de l’action éducative ; au contraire, elle a poussé à l’invention.

Un exemple édifiant : aujourd’hui, plusieurs communes du secteur (Beaumont-la-Ferrière, La Celle-sur-Nièvre, Arbourse…) sont organisées en regroupement pédagogique intercommunal (RPI). Ce mode de collaboration permet de répartir les enfants selon les niveaux dans différents établissements du canton, garantissant un effectif suffisant pour que l’Éducation nationale maintienne son concours. Le ramassage scolaire, mutualisé à l’échelle du RPI, incarne une réponse très concrète et partagée aux défis de l’éloignement.

Commune Service (exemple) Mode de gestion collaboratif
Vielmanay Scolarisation des enfants (cycle primaire et maternelle) RPI : regroupement avec d’autres villages, rotation des classes, bus scolaire
Beaumont-la-Ferrière Cantine et accueil périscolaire Service commun, mutualisation du personnel
Donzy Accueil petite enfance Création d’une crèche intercommunale, gestion partagée des frais

Les maisons de services au public : guichets uniques et multiples visages

Face à la disparition des antennes locales de nombreux services (trésorerie, CAF, Pôle Emploi…), la maison de services publics de Donzy, reliée au réseau France Services, est devenue un pôle névralgique. Habitants de Vielmanay et des alentours y trouvent un accompagnement pour des démarches administratives variées : fiscalité, santé, emploi, social… Là encore, c’est à l’échelle intercommunale que se jouent le financement, l’accueil et la mise à disposition d’agents formés.

  • Nombre d’actes traités chaque année : +4000 (source : rapport d’activité France Services 2022)
  • Provenance du public : 37 % en provenance de villages de moins de 500 habitants (source : Communauté de Communes Cœur de Loire)
  • Soutien numérique : installation de postes accessibles même pour les personnes sans connexion à domicile

Santé, mobilité, culture : une entraide multiforme

Le maintien du service public, c’est aussi la santé. Depuis les années 2010, la densité médicale chute dans nos campagnes (source : DRESS). Pour y pallier, différentes communes du canton se sont alliées pour construire deux maisons de santé pluridisciplinaires à Donzy puis à La Charité-sur-Loire. Elles financent ensemble locaux, équipements, et parfois même des aides à l’installation des nouveaux praticiens.

Mobilité : la faiblesse de l’offre de transports publics reste un point noir pour l’accès aux soins, aux loisirs, à l’emploi. Dans le canton, la communauté de communes a mis en place à titre expérimental, depuis 2021, des « navettes solidaires », transport à la demande appuyé sur un réseau d’associations et de chauffeurs bénévoles, pour relier les coins les plus isolés au centre-bourg ou à la gare SNCF.

  • Plus de 1800 trajets en 2023 (source : rapport Cœur de Loire 2023)
  • Coût pour l’usager modique : tarification adaptée, parfois prix libre
  • Mise en avant de la convivialité et du lien social retrouvé pendant ces « petites traversées »

Enfin, la culture n’est pas oubliée : la mutualisation permet d’organiser des cycles de spectacles « Itinérance en pays Donziais », qui visitent les salles des fêtes, les écoles, et permettent des actions auprès des personnes âgées ou isolées.

Les hommes et femmes de l’ombre : élus et bénévoles

Entre les grandes lois d’organisation territoriale et la vie quotidienne dans les villages, il y a les « passeurs » de la coopération. On pense d’abord aux maires et conseillers municipaux, souvent « à tout faire » : montée des dossiers, permanences, logistique… Mais il ne faut pas oublier le maillage d’associations (soutien scolaire, visites à domicile, animation locale) sans lesquelles la solidarité concrète n’existerait pas. L’interconnaissance, la confiance, l’habitude de résoudre ensemble les tracas du quotidien forment un capital invisible, aussi précieux que le plus beau des arrêtés communaux.

Une anecdote racontée par Madame Andrée, ancienne institutrice à Vielmanay, illustre ce trait humain : « Dans les années 1970 déjà, on allait porter les comptes de la Coopérative scolaire jusqu’à la trésorerie de Donzy, à vélo ou à mobylette, chacun s’entraidait car il n’y a jamais eu de solution toute faite pour les villages. Et il y avait toujours une chaussette de tarte aux pommes à partager au retour ! »

Les défis à venir : rester agiles dans un contexte mouvant

Si la coopération intercommunale a permis des avancées indéniables, les défis persistent : raréfaction des dotations de l’État, vieillissement de la population, montée du numérique qui laisse de côté une part des habitants, contradictions entre exigences d’économie et volonté de proximité. Toute la question reste celle de la capacité, pour les communes, à s’adapter tout en restant fidèles à leur identité.

  • Le maintien d’une école en RPI suppose de l’adaptabilité, car les effectifs fluctuent au gré des naissances et départs.
  • La transition des usages vers le numérique requiert un accompagnement sans faille, y compris pour les personnes âgées.
  • La réussite des initiatives (transport, santé) dépendra de la mobilisation soutenue des élus et bénévoles, et d’un regard attentif aux besoins émergents.

Les expériences du canton de Donzy montrent un ancrage dans le réel et une faculté à inventer localement. Chaque petite réussite obtenue collectivement — maintien d’une navette ou spectacle partagé — est une preuve que la ruralité, loin d’être résignée, invente et réinvente, humblement mais résolument, son chemin vers l’avenir.

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