Quand Vielmanay s’unit : cinq épisodes majeurs de collaborations villageoises

24/09/2026

1. La construction de l’école intercommunale de Vielmanay-Luthenay

Au XIXe siècle, alors que la scolarisation devient obligatoire avec les lois Ferry, Vielmanay, petit village agricole, fait face à un défi majeur : comme tant d’autres, ses ressources peinent à suffire pour l’entretien d’une école digne de ce nom. Ce sont les échanges de lettres entre maires, les archives consultées aux AD58 (Archives départementales de la Nièvre), qui témoignent de la décision prise avec Luthenay-Uxeloup – sa voisine immédiate – d’unir leurs efforts pour édifier un bâtiment scolaire partagé.

  • Contexte : Dans les années 1880, les effectifs scolaires de Vielmanay fluctuent autour de 40 élèves, avec des pics lors des naissances nombreuses. Luthenay, moins peuplée, en compte à peine une vingtaine (sources : bulletin statistique “Population scolaire du canton de Donzy, 1884”, AD58).
  • La genèse : Plutôt que de disperser les moyens, les deux conseils municipaux mettent en commun leur budget pour la construction d’une maison d’école centrale, située à égale distance des deux centres-bourgs. L’acte de collaboration, signé en 1883, prévoit la nomination conjointe de l’instituteur et la prise en charge partagée de l’entretien (délibérations extraites des registres municipaux de Vielmanay, 22/03/1883).
  • Un chantier collectif : Les archives mentionnent le recours aux “corvées” : chaque famille envoie un membre prêter main forte à la construction. Maçons, charretiers de foin, femmes servant la soupe aux ouvriers : toute la population s’implique (Journal de Donzy, mai 1884).
  • Impact : Ce partenariat permet au hameau de la Ronce, proche de la frontière communale, de voir ses enfants accéder plus facilement à l’école, réduisant ainsi l’absentéisme, et crée un premier réseau concret de solidarité transfrontalière. L’école subsistera jusque dans les années 1960, avant regroupement scolaire.

2. La mutualisation de la défense contre les incendies avec Saint-Malo-en-Donziois

Si la crainte du feu a de tout temps hanté les bourgs à maisons de torchis et toits de chaume, la réalité du risque s’est intensifiée avec l’essor de l’agriculture mécanisée et de la monoculture céréalière. Vielmanay, souvent frappée par les incendies estivaux, et Saint-Malo-en-Donziois, séparée par quelques kilomètres de chemins creux, ont très tôt compris la nécessité d’une protection collective.

  • Un premier accord de pompe à bras : Dès 1901, les deux conseils municipaux décident d’acquérir en commun une pompe à bras (modèle Durenne) et de former une équipe intercommunale de sapeurs-pompiers bénévoles (source : “Lettre du Maire de Vielmanay à son homologue de Saint-Malo”, 17/02/1901, AD58).
  • Gestion des effectifs : La quarantaine de pompiers recrutés panachent toutes les tranches d’âge, des jeunes gouailleurs aux anciens cultivateurs.
  • Organisation des manœuvres : Les deux villages alternent chaque année l’accueil des exercices de manœuvre ; on raconte que ces dimanches de corvée étaient suivis de grands repas, offerts par la population (témoignages oraux, collecte Vielmanay 2017).
  • Un incident marquant : L’été 1926, un incendie de grange à la sortie du bourg mobilise les deux détachements, qui arrivent in extremis, sauvant les animaux emmurés mais perdant la récolte. Ce drame renforce encore l’entraide, avec la mise en place d’une caisse de secours commune. (Source : “Petit Journal du Donziais”, septembre 1926).
  • Transmission : Bien au-delà du matériel, c’est une culture du secours intercommunal qui s’ancre. Les familles sont liées par ces expériences partagées, et certains récits sont encore transmis lors des veillées.

3. Les campagnes agricoles concertées avec Narcy

Vielmanay et Narcy, voisines sur la vallée de la Nièvre d'Arzembouy, partagent depuis le XVIIIe siècle une histoire agricole singulière, faite de collaboration autant que de saine rivalité. Preuve que l’agriculture nourrit aussi les liens communautaires.

  • Le drainage de la vallée : Dans les années 1820, face aux nombreuses crues qui noyaient les récoltes, un groupement d’entrepreneurs agricoles, mêlant exploitants de Vielmanay et de Narcy, finance la construction d’une “rigole de décharge”. L’ouvrage, dont le tracé figure sur les plans napoléoniens, permet d’assécher plusieurs dizaines d’hectares (source : “Recensement des biens fonciers hydrauliques”, Archives communales de Narcy).
  • La maladie de la pomme de terre : À la fin du XIXe siècle, le mildiou dévaste les tubercules. Des réunions agricoles communes sont organisées à la mairie de Narcy. Un agronome venu de Nevers y présente les méthodes de traitement ; les fermiers des deux communes mettent en place une commande groupée de bouillie bordelaise. Ce sont les premières “coopératives” informelles du secteur (sources : “L’Agriculture Nivernaise”, n°42, 1894).
  • Le battage solidaire : Dès l’entre-deux-guerres, la batteuse à vapeur circule de hameau en hameau, tractée tour à tour par les attelages de Vielmanay et de Narcy. La progression des travaux, retranscrite par les carnets de famille, se décide en amont entre chefs de culture, selon les besoins et l’humidité des champs.

Ces collaborations agricoles ont permis de moderniser les pratiques, de partager les innovations et de renforcer la cohésion des campagnes, au prix parfois de discussions animées… mais toujours dans une volonté de s’entraider face aux aléas du climat et du marché.

4. Les fêtes et sociétés mutualistes à cheval entre Vielmanay, Moussy et Beaumont-la-Ferrière

Les sociétés de secours mutuel, ancêtres de nos mutuelles, et les grandes fêtes rurales ont toujours été des vecteurs puissants de solidarité intercommunale. Vielmanay n’échappe pas à la règle, entre Moussy à l’ouest et Beaumont-la-Ferrière au sud, dans un triangle où musique, secours et convivialité se mêlent.

Société / Événement Communes associées Période Impact
Union Mutualiste des Laboureurs Vielmanay / Moussy 1905-1968 Société de secours en cas de maladie ou d’accident du travail pour les domestiques agricoles. Versement d’une indemnité journalière, caisse alimentée par les cotisations et la tombola annuelle.
Fêtes de la Saint-Jean Vielmanay / Beaumont-la-Ferrière Années 1930-1950 Feux et bals communs, alternance d’accueil des festivités d’une année sur l’autre, création de couples “intervillages” très commentés dans les mariages ultérieurs…
Chorale “Les Amis du Chêne” Vielmanay / Beaumont-la-Ferrière / Moussy 1952-1979 Participation à tous les offices religieux du secteur, organisation de concerts de bienfaisance pour les familles touchées par la maladie ou les incendies.
  • Anecdote : Lors de la crue de 1946, l’Union Mutualiste finance un convoi de vivres destiné aux sinistrés du hameau du Petit Beaumont, unique dans les annales locales (source : “Carnet de délibérations de la société, photocopies tenues par J.-L. Denis, élu municipal de Vielmanay, fonds privé).
  • Transmission orale : De nombreux habitants d’aujourd’hui se souviennent avoir appris à danser pour la Saint-Jean dans la grange prêtée par la famille Chenevat, alors considérée “à mi-chemin entre les deux villages”.

5. Le Ralliement des chemins ruraux entre Vielmanay et Champvoux : un enjeu vital

Il faut imaginer la campagne de Vielmanay aux temps où la circulation automobile était quasi inexistante : charrettes, roues ponctuées de cahots, et des chemins souvent à la limite du praticable. Le maintien et l’amélioration du réseau rural furent des enjeux concrets de solidarité intercommunale, en particulier avec Champvoux, hameau à vocation essentiellement forestière.

  • La grande réfection de 1924 : Près de 3 km de “chemin vicinal ordinaire” sont alors totalement repavés grâce à une souscription commune lancée par les deux conseils municipaux (délibérations de Vielmanay, 3 avril 1924, consultables aux AD58).
  • Organisation des corvées : Chaque commune engage ses habitants à fournir deux journées de travail manuel annuel pour l’entretien des berges et des fossés. La coordination est telle que les charretiers de Vielmanay offraient à l’occasion leurs services jusqu’aux mares et bois communaux de Champvoux (témoignages recueillis en 2014, archives orales Mémoire d’Antan).
  • La stratégie de la “pierre de touche” : Beaucoup des repères utilisés pour baliser la limite communale sont encore visibles : bornes gravées, “pierres à croix” et même vestiges d’anciens instruments de mesure utilisés par les géomètres itinérants (source : “Guide des chemins ruraux du Nivernais, 1978”).
  • Effets à long terme : Ce maillage a permis à Vielmanay de conserver une certaine attractivité pour les marchés et le “petit trafic” avec les bourgs voisins jusque dans les années 1950, avant que les routes départementales ne modifient durablement la physionomie de la campagne nivernaise.

Le fil rouge d’une mémoire collective

Derrière chaque épisode de collaboration entre Vielmanay et ses voisines, c’est une mémoire vivante qui se dessine, faite de gestes de tous les jours et de décisions collectives – parfois modestes, toujours essentielles. À l’heure où la coopération intercommunale gagne en importance pour des questions de services publics ou de développement rural, il n’est pas inutile de rappeler la force des anciens liens de village à village. La trace de ces alliances se perçoit encore dans la topographie locale, dans le récit familial, et parfois même dans la perpétuation de petites traditions festives ou de solidarité discrète. Tisser cette histoire, c’est aussi rendre hommage à ceux qui, bien avant nous, croyaient déjà que le progrès se construisait main dans la main.

  • Pour aller plus loin :
    • “Bulletin de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Nièvre”, consultable sur Gallica/BnF
    • Archives départementales de la Nièvre (archives.nievre.fr)
    • Témoignages oraux recueillis dans le cadre du projet Mémoire d’Antan à Vielmanay, 2014-2019
    • Jean-François Bazin, Histoire de la Nièvre rurale, éditions De Borée

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