Trois jours à la découverte des villages de Puisaye-Forterre – Carnet d’itinéraires autour de Vielmanay

22/08/2026

Jour 1 : Vielmanay et les villages du Val de Loire nivernais

Point de départ naturel, Vielmanay s’enroule autour de son église, témoin discret d’une histoire qui s’étire jusqu’au Moyen Âge. Dès le matin, lorsque la brume effleure les haies, il est conseillé de débuter la visite par ce bourg où le passé affleure au détour de chaque ruelle.

L’église Saint-Pierre de Vielmanay : entre humilité et histoire

L'église Saint-Pierre, inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques (source : Base Mérimée), mêle des éléments romans à des remaniements du XIXe siècle, comme en témoignent la nef sobre et le clocher trapu recouvert d’ardoise. Les murs sont parfois ornés de vestiges de peintures anciennes, rappelant les processions et les cultes ruraux. Un détail attire l’attention : un ex-voto suspendu, dédié à la protection des récoltes ; il était courant que les fidèles, face à des calamités (épidémies, gelées tardives), fassent vœu d’offrandes, une tradition encore vivace au début du XXe siècle comme le montrent certains registres de délibérations paroissiales.

Les lavoirs : témoins d’une sociabilité villageoise

À Vielmanay, comme à Saint-Malo-en-Donziois ou Saint-Bonnot, les lavoirs, souvent restaurés, ponctuent le paysage. Ces modestes abris étaient des lieux de travail pour les lavandières mais aussi des espaces de confidences et de solidarité, où la vie du village s’écoutait et se commentait. Selon les archives communales de Vielmanay (Archives départementales de la Nièvre, séries O et E), des règlements très stricts encadraient l’usage de l’eau : horaires, interdiction de teindre les tissus les jours de lessive, contrôles réguliers par le garde-champêtre, rappelant la préciosité des ressources en eau jusque dans les années 1950.

Les moulins du Donziais : une histoire de blé, d’eau et de transmission

En longeant la rivière du Nohain, on découvre les vestiges des moulins à eau, dont certains ont été exploités jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le moulin de Vieux-Moulin, près de Vielmanay, évoque cet âge d’or où meuniers et paysans échangeaient nouvelle farine contre grain sélectionné, dans une économie à la fois solidaire et hiérarchisée (source : Revue Annales. Economies, Sociétés, Civilisations). L’histoire orale rapporte que certains meuniers surent tirer profit de la rudesse des crues, adaptant digues et roues au fil des décennies. On trouve d’ailleurs dans les cadastres napoléoniens mention des « moulins foulons », utilisés à la fois pour le grain et l’apprêt des draps locaux.

Jour 2 : La Puisaye côté bourgs – Saint-Amand-en-Puisaye, Saint-Vérain et Bouhy

Cap au nord, en direction de la frontière naturelle entre Nièvre et Yonne. Ici débute la Puisaye, territoire déjà chanté par Colette pour ses chemins d’herbe, ses potiers et ses maisons à colombages.

Saint-Amand-en-Puisaye : capitale de la poterie

La renommée de Saint-Amand dépasse les limites du département grâce à son art de la terre cuite. Le Château Renaissance (classé Monument Historique en 1942 – source : Ministère de la Culture) marque l’entrée du village : balustres, tourelles fantaisistes, façades décorées d’une myriade d’ornements font écho à un passé fastueux, lorsque la famille du Chancelier Guillaume de Rochefort (XVe siècle) en fit son domaine. Visiter les anciennes halles des potiers, aujourd’hui transformées en ateliers et musées (Musée du Grès), c’est toucher du doigt cette histoire ouvrière, parfois éprouvée lors des grandes épidémies de charbon qui frappèrent les ateliers au XIXe siècle (source : Bulletin de la Société scientifique de la Nièvre, 1893).

  • À ne pas manquer : les expositions contemporaines mêlant céramique ancienne et créations modernes ; les fours bouteilles, dont l’immense cheminée est le dernier témoin dans la région.
  • Pour les familles : de nombreux ateliers pour enfants et adultes, lesquels renouent avec les gestes du modelage si pratiqués jadis dans les fermes, pour façonner tuiles, cruchons ou simples jouets.

Saint-Vérain : enceinte fortifiée et charme médiéval

Classé parmi les « Plus beaux villages de France », Saint-Vérain se love dans les vestiges de ses murailles du XIIIe siècle, ponctuées d’une grosse tour-porte. Le bourg, avec ses maisons de pierre, garde la mémoire d’une frontière jadis défendue face aux incursions du Berry voisin. Plusieurs maisons témoignent de l’activité artisanale : forgeron, tisserand, sabotier… Des fouilles menées à la fin du XXe siècle ont mis au jour des fragments de carreaux de pavement émaillé, preuves d’un artisanat sophistiqué au Moyen Âge (source : Rapport archéologique DRAC Bourgogne 1997).

Bouhy et les mares disparues : ruralité et mémoire de l’eau

Bouhy garde la trace d’un passé agricole très marqué par la polyculture et l’élevage. Anecdote émouvante : jusque dans les années 1960, plus d’un millier de bêtes venaient chaque été s’abreuver à la mare Saint-Marc, aujourd’hui en partie comblée (témoignages recueillis lors des Entretiens du Patrimoine de la Puisaye, 2017). Des traditions de « marelles », jeux de plage improvisés à la lisière de l’eau, subsistaient encore, faisant écho aux veillées rurales où l’on racontait la légende de la « Faye », esprit des étangs.

Jour 3 : Forterre et Sancerrois – Nature, forteresses et villages oubliés

La dernière étape bascule de l’autre côté des buttes boisées, vers la Forterre et la frange du Sancerrois, où les bourgs révèlent une autre facette du patrimoine rural.

Arthel et ses mystérieuses demeures

Arthel, labellisé « Petite Cité de Caractère », frappe par la beauté intacte de ses maisons en pierre blanche, alignées autour d’un château Renaissance et d’un manoir du XVIIe siècle (source : Petites Cités de Caractère). Les « pigeonniers », jadis signes extérieurs de richesse, sont légion ; on y comptait, selon les recensements anciens, un volier pour dix habitants au temps de la monarchie (Registre paroissial d’Arthel, 1712). Flâner sur la coulée verte jusqu’à l’étang, c’est renouer avec un temps où la « moisson des grenouilles » rythmait chaque printemps, donnant lieu à des festins villageois parfois discutés par le curé local dans ses prônes du dimanche !

Précy et les loges de vigne : mémoire du vin

Dans ce bourg typique de la Forterre, de petites cabanes de vignerons (appelées loges de vigne) parsèment les paysages, vestiges d’une époque où le vin, mieux valorisé que la céréale, était expédié vers Paris par voie de flottage sur l’Yonne. D’après le Compte rural du canton de Donzy en 1861, Précy comptait près de 70 % de ses hommes actifs engagés dans la culture, la taille ou le négoce de la vigne. Les toitures de tuiles plates, les portes basses, évoquent la rude vie des vignerons, sujets à la gelée noire et aux attaques de la phylloxéra à partir de 1878 (source : Rapport annuel de la Chambre d’Agriculture de la Nièvre, 1879).

Détour par le Sancerrois : entre panoramas et culture céréalière

Si Sancerre reste célèbre pour son vin, il ne faut pas négliger l’influence de ses cultures céréalières, qui définissent aussi la physionomie des bourgs de l’est du canton (sources : INSEE, Recensement agricole 2020). Les grandes fermes en fer à cheval, les granges à auvents massifs, témoignent de la transformation de l’économie locale à partir de la Révolution, lorsque la noblesse vendit aux fermiers locaux de vastes terres morcelées. La toponymie en « champ » — Champ-Lampeau, Champ-Rousset — rappelle cet immense labeur des champs, héros quotidiens et parfois oubliés de l’histoire locale.

Village Site remarquable Anecdote ou usage singulier
Vielmanay L’église Saint-Pierre Offrandes pour la protection des récoltes
Saint-Amand-en-Puisaye Château Renaissance, Musée du Grès Four « bouteille » unique en région
Saint-Vérain Remparts, tour-porte Murs bâtis pour contenir les invasions berrichonnes
Bouhy Mare Saint-Marc Jeux de « marelles », légende de la Faye
Arthel Château, pigeonniers Moisson des grenouilles
Précy Loges de vignes Culture viticole dominante jusqu’en 1900
Sancerre Granges à auvents Transformation agricole post-révolutionnaire

Petits riens à collectionner en chemin : patrimoine discret mais précieux

  • Les croix de mission, érigées lors des grandes missions religieuses du XIXe siècle, à retrouver à chaque entrée de village. Beaucoup portent encore la date de leur bénédiction et le nom du bienfaiteur.
  • Les puits à margelle ronde ou carrée, souvent gravés d’un nom et d’une date, utilisés jusqu’à l’avènement de l’eau courante, et parfois objets de procès pour querelles de voisinage.
  • Les « charmilles » taillées, témoignant du soin que nos aïeux portaient aux abords des maisons, véritables œuvres paysagères à découvrir surtout au printemps.

Pierre, eau et mémoire – l’itinéraire d’un retour aux sources

Parcourir la Puisaye-Forterre autour de Vielmanay, c’est laisser le temps reprendre ses droits, au fil d’une histoire tissée de gestes et de voix anciennes : celles des lavandières à la main rouge, du meunier veillant sur son moulin, du potier guettant la sortie du four, ou du vigneron rêvant à la vendange. Ce circuit de trois jours invite à arpenter les villages non comme de simples témoins mais comme des lieux vivants, qui n’attendent qu’à livrer secrets, archives, et souvenirs à qui sait observer et tendre l’oreille.

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