Portraits et destins des illustres de Vielmanay, figures méconnues d’une commune de la Nièvre

08/11/2025

Des figures d’élus et de bâtisseurs : les maires, piliers de la vie locale

La Révolution française marque pour Vielmanay, comme ailleurs, la naissance d’une vie civique structurée autour du maire et du conseil municipal. Dès le XIXe siècle, plusieurs maires ont profondément marqué la commune, laissant une empreinte durable.

  • Jean-Baptiste Collignon (mandat de 1791 à 1806) : Premier maire répertorié après la Révolution, il fut l’artisan de la transition de Vielmanay vers l’ère moderne, pilotant la gestion des biens communaux après la vente des biens du clergé et mettant sur pied la première école communale (Source : Archives départementales, délibérations municipales, série 2M).
  • Louis Guéné (maire de 1876 à 1903) : Sous son mandat, Vielmanay vit l’installation du téléphone et l’amélioration de la route départementale, permettant l’essor du commerce local. Selon le Bulletin de la Société Nivernaise (t.19, 1894), il se déplaçait à pied jusqu’à Nevers pour obtenir des subventions !
  • Marie-Joseph Taffin (période 1945-1960) : Rescapé de la guerre, il œuvra à la reconstruction matérielle mais aussi morale du village, entreprenant les travaux d’adduction d’eau potable en 1957, une avancée déterminante pour la population.

Les instituteurs, fers de lance de la vie intellectuelle et sociale

Nulle mémoire locale sans celles et ceux qui ont instruit des générations. Vielmanay doit à quelques instituteurs remarquables sa réputation de village où l’on savait « mieux lire qu’ailleurs » à la fin du XIXe siècle.

  • François Bon, instituteur et chroniqueur : Présent à Vielmanay de 1852 à 1871, il laisse dans le registre communal une chronique précieuse : retraits d’enfants en vendange, épidémies, anecdotes paysannes… Sa correspondance, conservée partiellement aux Archives de la Nièvre, révèle un homme attaché au progrès, mais aussi ancré dans le terroir.
  • Mlle Marie Chassat : Première institutrice de l’école de filles, nommée en 1882, elle lutta contre l’absentéisme hivernal (« les fillettes nécessaires au tricot des chaussettes et à la soupe », note-t-elle dans un rapport de 1889). Elle organisa les premiers spectacles scolaires du village, sources d’union pour les familles.

Un enseignement rural dynamique

  • Classe de plus de 38 élèves recensée en 1895, alors que Vielmanay comptait à peine 500 habitants (Recensements INSEE – Archives départementales).
  • Organisation de « caisses des écoles » : dès 1873, la commune collecte des fonds pour fournir manuels et encre, souvent à l’initiative des instituteurs eux-mêmes.

Prêtres et curés, entre foi, bienfaisance et engagement rural

Dans une bourgade rurale du XIXe siècle, la figure du prêtre déborde largement du cadre strictement religieux. Il a souvent endossé un rôle d’animateur social, d’alphabétiseur, voire de médiateur.

  • L’abbé Louis Tardivat (1875-1904) : Grand érudit, il fut aussi le catalyseur d’un renouveau patrimonial. À l’origine de la rénovation de l’église Saint-Georges (restauration du chœur, 1882), il a inventorié croix et pierres funéraires du village, base de la mémoire paroissiale (cf. Le Patrimoine religieux de la Nièvre, C. Jolivet, 1992).

Petite anecdote paroissiale

D’après les souvenirs recueillis auprès de la famille Boullay, l’abbé Tardivat aurait, dit-on, organisé les premières quêtes pour aider les familles frappées par le phylloxéra ayant dévasté la vigne locale à la fin du XIXe siècle.

Vielmanay dans la tourmente : héros et figures de la Résistance

La Seconde Guerre mondiale jette une ombre sur la vie du village, mais révèle aussi l’extraordinaire courage de certaines figures discrètes.

  • René Girault : instituteur et résistant : En poste à Vielmanay de 1940 à 1943, il aurait, selon le Chemin de Mémoire de la Nièvre, servi de boîte aux lettres pour le réseau HOBBES, facilitant des échanges entre Decize et Pouilly-sur-Loire. Après son arrestation en 1943, il fut interné à Nevers jusqu’à la Libération et ne reprit jamais l’enseignement.
  • Famille Fournier : Propriétaire d’une ferme isolée dite « La Petite Garenne », la famille Fournier hébergea en 1944 deux évadés russes qui travaillaient à la construction d’un pont sur la Loire pour le compte de l’armée allemande. Malgré les recherches de la Feldgendarmerie, les deux hommes purent rejoindre le maquis grâce à leur aide (Archives privées, témoignages oraux recueillis en 1987, Fondation pour la Mémoire de la Déportation).

Les familles fondatrices et figures locales du XIXe siècle

Derrière les patronymes qui résonnent encore dans les mémoires — Collignon, Guéné, Taffin, Chauviré — se dessinent autant de branches qui ont façonné Vielmanay dans sa diversité.

  • La famille Collignon : Propriétaires terriens depuis le XVIIIe siècle, certains furent maires, d’autres médecins de campagne. La propriété familiale a servi d’hospice temporaire en 1918, lors de l’épidémie de grippe espagnole (Registre communal, 1918).
  • Les artisans-ferronniers Bedouet : Deux générations d’artisans dont la marquise en fer forgé installée à l’entrée de la mairie (1867) subsiste aujourd’hui ; ils étaient réputés jusqu’à La Charité-sur-Loire pour leur habileté à réparer charrues et outils agricoles (Source : Annuaire des métiers d’art de la Nièvre, 1892).
  • Julie Vernier, la “sage-femme du canton” : Réputée dans tout le secteur, elle aurait accompagné, officiellement ou officieusement, près de 400 naissances entre 1880 et 1920 (registre des baptêmes, églises de Vielmanay et Saint-Malo-en-Donziois).

Les artistes et poètes villageois : mémoire sensible entre Loire et forêts

Si Vielmanay compte peu de créateurs célèbres au-delà de ses frontières, son identité artistique n’est pourtant pas absente. Plusieurs poètes, musiciens « de bal » et peintres amateurs y ont laissé une empreinte discrète mais attachante.

  • Victorine Moinard, dite “la fileuse de contes” : Couturière de métier, elle rédige, dans les années 1920, des récits en patois vielmanais, lus autrefois lors des veillées d’hiver. Quelques fragments subsistent dans les archives familiales et la tradition orale (recueillis par la Société des Lettres de la Nièvre, 1979).
  • Georges Lapeyre, peintre paysagiste : Né en 1910 à Vielmanay, il s’installe à Nevers dans les années 1950. Ses aquarelles de la Loire, dont “Matin d’automne à Vielmanay” (exposée ponctuellement à la Bibliothèque de Nevers), sont recherchées localement.

Entre mémoire collective et transmission

L’histoire de Vielmanay ne se résume à aucun monument ni à un seul nom. Mais elle se construit, génération après génération, par ces figures diverses et complémentaires. Élus opiniâtres, instituteurs pédagogues, artisanes discrètes ou anonymes du quotidien, héros de l’ombre, tous nourrissent une mémoire parfois fragile mais toujours vivante.

Que reste-t-il aujourd’hui ? Des noms sur des plaques, dans les registres, ou sur les tombes à l’ombre de Saint-Georges… mais plus encore, une certaine idée de la solidarité, une attache sensible au village. Longtemps, lors des fêtes, aux réunions du conseil municipal ou au parloir de l’école, on aimait encore raconter “l’histoire du maire Guéné et de ses chaussures percées dans la boue de la route”, ou l’anecdote de la sage-femme Vernier arrivant en charrette sous l’orage. Preuve qu’à Vielmanay, la grandeur d’une personnalité peut tenir à l’épaisseur de son humanité et à la fidélité des souvenirs qu’elle laisse.

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