À la recherche des héros décorés de Vielmanay de la Grande Guerre

25/11/2025

Le poids des décorations : distinguer l’exceptionnel dans l’ombre du sacrifice

À Vielmanay, petit village de la Nièvre traversé par les échos de la Grande Guerre, le nom de certains soldats brille encore dans les registres. Non pas parce qu’ils furent les seuls à partir, à combattre, à souffrir ou à tomber—tous portèrent leur part de la tourmente de 14-18. Mais quelques-uns, parmi ces hommes venus des fermes, moulins et maisons du bourg, furent distingués par une mention particulière, une médaille, une citation. Ces distinctions, remises au péril des tranchées ou dans la douleur du retour, racontent un autre versant du conflit : le regard de la République sur ses propres enfants, la volonté de graver l’exceptionnel au cœur de l’ordinaire.

Tenter de dresser la liste des soldats originaires de Vielmanay décorés après la Première Guerre mondiale, c’est retrouver le fil d’existences singulières. C’est aussi mesurer combien l’histoire locale s’enracine dans la mémoire nationale, entre reconnaissance officielle et gratitude silencieuse.

Les décorations militaires françaises : quelles distinctions après la Grande Guerre ?

Avant de partir à la rencontre des noms connus pour Vielmanay, rappelons les grandes distinctions attribuées aux combattants français de 1914-1918 :

  • La Croix de guerre 1914-1918 : créée en avril 1915, elle honore les actes individuels de bravoure et de dévouement. Chaque citation donne droit à un ruban assorti d’une étoile (pour citation à l’ordre du régiment, brigade ou division) ou d’une palme (pour citation à l’ordre de l’armée).
  • La Médaille militaire : distinction prestigieuse, réservée aux sous-officiers et soldats ayant fait preuve de courage, souvent en complément de la Légion d’honneur pour les officiers généraux.
  • La Légion d’honneur : ordre national récompensant actes de bravoure ou états de service exceptionnels. Rares furent les soldats de Vielmanay à l’obtenir directement pour faits d’armes.
  • Citations à l’ordre de la Nation, du régiment ou de la division : mentions honorifiques dans les journaux officiels, souvent accompagnées d’une décoration.

À la fin du conflit, ce sont près d’1,2 million de Croix de guerre qui furent attribuées à travers la France (source : Musée de l’Armée). Un chiffre qui donne la mesure de la violence du front et de la volonté publique de manifester reconnaissance et exemplarité.

La méthode : explorer les archives, recouper les récits

Pour retracer le parcours des soldats décorés à Vielmanay, plusieurs sources s’imposent :

  • Les Monuments aux morts et leurs plaques annexes, souvent complétées d’inscriptions signalant une médaille ou une citation spécifique ;
  • Les archives départementales de la Nièvre (en ligne ou en salle), notamment les registres matricules militaires qui précisent, ligne par ligne, les distinctions éventuelles ;
  • Les Livres d’Or communaux, réalisés dans les années 1920 sur instruction du ministère des Pensions, qui mentionnent parfois les honneurs reçus ;
  • Les coupures de presse locale (Le Journal du Centre, archives Gallica), qui relatent les cérémonies ou rendent hommage à certains héros.

À Vielmanay, les recherches font émerger quelques noms principaux, que l’on retrouve également dans la base nationale Mémoire des Hommes (https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/), référence incontournable pour l’identification précise des parcours militaires.

Portraits et parcours de soldats décorés de Vielmanay

Au fil des pages des archives matricules et des mémoriaux, voici les figures marquantes de Vielmanay ayant reçu, selon les sources actuellement disponibles, une distinction après la Grande Guerre. Tous n’ont pas survécu au conflit ; certains furent décorés à titre posthume.

François Bergeron, simple soldat cité à l’ordre de la division

  • Classe : 1913
  • Régiment : 56e RI
  • Décoration : Croix de guerre, citation à l’ordre de la division pour « courage remarquable lors des assauts du 15 juillet 1918 »
  • Anedocte : D’après un entrefilet du Journal du Centre du 2 septembre 1918, le maire lit sa citation lors d’une cérémonie villageoise à la rentrée des classes. Son nom devait ensuite figurer sur une plaque dans l’ancienne école communale, aujourd’hui déposée.

Louis Moreau : sergent, médaillé militaire à titre posthume

  • Classe : 1911
  • Régiment : 7e Zouaves
  • Décoration : Médaille militaire et croix de guerre avec palme, attribuées après sa mort survenue lors de l’offensive de la Somme, juillet 1916. Inscrit « mort pour la France » sur le Livre d’or de Vielmanay.
  • Extrait d’archives : Mentions portées dans le registre matricule et confirmées par la base Mémoire des Hommes ; la citation évoque « le calme et l’énergie d’un chef de section dans les circonstances les plus difficiles ».

Jules Pauron, le poilu-cultivateur cité à l’ordre du régiment

  • Classe : 1909
  • Régiment : 95e RI
  • Décoration : Croix de guerre avec étoile de bronze, citation à l’ordre du régiment pour son attitude lors de la défense du Bois-le-Prêtre. Mention retrouvée dans sa fiche matricule.
  • Petite histoire : Fils de paysans, revenu dans sa ferme blessé mais décoré, il a pendant des années exposé sa médaille lors des commémorations du 11 novembre. Les anciens du village se souvenaient avec respect de ses récits sobres et sans emphase.

Autres décorés identifiés

  • Antoine Dufour : Croix de guerre à l’ordre du bataillon, enseveli sous un éboulement puis sauvé ses camarades lors d’un bombardement en Champagne (Bulletin municipal, 1920).
  • Marcel Girault : Citation à l’ordre de l’armée, motifs précisés dans les archives départementales : « blessé deux fois, a refusé d’abandonner son poste jusqu’à l’épuisement complet ».
  • Lucien Decombe : Médaille militaire attribuée en 1921, après son retour et pour son engagement prolongé au front de Verdun.

À noter que ces noms sont extraits des sources ci-dessus et qu’il est possible que d’autres décorés aient été omis par absence de mention expresse dans les archives consultées. Les distinctions n’étaient pas systématiquement communiquées lors des retours au village, surtout pour les citations à l’ordre du jour qui ne s’accompagnaient pas toujours de cérémonies locales.

Les cérémonies et la mémoire : comment Vielmanay a honoré ses décorés

Contrairement aux grandes villes, Vielmanay ne disposa jamais d’un Comité de la Légion d’honneur ou d’évènements nationaux d’envergure. Mais les commémorations du 11 novembre, instaurées à partir de 1919, donnent lieu à des lectures de citations, parfois à la remise officielle de médaille dans la salle de la mairie ou devant le monument aux morts inauguré en 1921 (source : Bulletin des Maires de la Nièvre, 1922).

Ces moments, modestes mais solennels, furent souvent suivis d’articles dans la presse locale ou de simples mentions dans les délibérations du conseil. Dans certains cas, un « banquet des mutilés » était organisé et les décorés invités à la table d’honneur.

  • Des distinctions remises tardivement, parfois des années après la fin de la guerre, notamment pour ceux dont l’acte héroïque avait été méconnu ou redécouvert lors de relectures d’archives.
  • Des décorations transmises comme héritage familial, encore conservées dans quelques maisons anciennes de Vielmanay, souvent associées à des photographies jaunies ou à un carton de citations officielles.

Les chiffres : combien de soldats de Vielmanay furent-ils décorés ?

En l’état actuel des recherches, on peut estimer qu’au moins 6 à 8 soldats nés ou résidant à Vielmanay ont reçu une croix de guerre ou une mention équivalente, soit environ 18% des mobilisés recensés pour la commune à l’époque (d’après la correspondance entre listes matricules et Livre d’Or communal). Ce taux est supérieur à la moyenne nationale d’attribution de la Croix de guerre (environ 12% des soldats mobilisés selon les chiffres du Ministère des Armées).

Quelques-uns parmi eux furent également blessés (inscription « blessé de guerre » ou « mutilé » dans les registres), souvent décorés pour ces faits.

Aucun habitant de Vielmanay porté au combat n’a reçu directement la Légion d’honneur pour faits d’armes durant la Grande Guerre, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de l’échelle du village (données croisées : base Léonore, https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/).

Pourquoi ces décorations comptent-elles toujours ?

Au-delà des chiffres, ce sont des prénoms, des visages, un courage qui réapparaissent à travers les décorations de guerre à Vielmanay. Chaque médaille portée sur la poitrine, au retour du front ou lors d’une cérémonie, marquait la fierté discrète d’un village modestement représenté dans les tourments du XXe siècle. Les descendants des décorés d’il y a cent ans vivent encore à Vielmanay ou dans les environs, parfois sans même savoir tout ce qu’évoquent ces rubans fanés.

S’intéresser aujourd’hui à ces parcours décorés, c’est rendre hommage à l’ensemble des mobilisés et, peut-être, donner envie à chacun d’ouvrir une boîte à souvenirs, de relire un livret militaire, de transmettre une histoire familiale qui éclaire l’Histoire avec un grand H.

Pour aller plus loin

La mémoire des poilus décorés de Vielmanay reste à exhumer, à raconter, à partager. Chaque nomination, chaque médaille, loin de gommer l’anonymat des combats, rappelle qu’au cœur même de la ruralité, de grandes histoires de courage peuvent se cacher sous la poussière des archives et la modestie des souvenirs.

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