Lettres et érudition à Vielmanay : une histoire méconnue

05/12/2025

Quand la question s’impose : qui a écrit l’histoire de Vielmanay ?

La culture rurale française regorge de villages dont le nom évoque, d’abord, la mémoire de la terre plus que celle des lettres : Vielmanay ne fait pas exception. Pourtant, lorsqu’on s’interroge sur la place des écrivains, poètes et érudits dans la vie de cette commune nivernaise, une nuance s’impose. Car l’histoire littéraire n’est pas seulement celle des grands noms gravés dans la pierre, mais parfois celle de figures discrètes, de passeurs de mémoire, d’artisans du mot ou de l’archive.

Loin des salons parisiens, Vielmanay (moins de 200 habitants aujourd’hui selon l’INSEE) ne figure pas sur la carte des “villages d’écrivains”. Mais cela signifie-t-il pour autant l’absence d’hommes ou femmes de lettres dans son histoire ? En fouillant registres, monographies, recensements et petits journaux, la lumière se fait sur une autre façon de “faire vivre” les lettres et l’érudition locale.

Écrivains, poètes ou érudits : de qui parle-t-on ?

Avant tout, il importe de définir les contours de la question. Qu’entend-on par écrivain, poète, érudit à l’échelle d’un village comme Vielmanay ? Est-ce l’auteur publié dont les ouvrages courent les rayons des bibliothèques, ou le rédacteur anonyme de chroniques paroissiales, celui qui tient la plume dans l’ombre pour raconter un mariage, un exploit ou une inondation ?

  • L’écrivain au sens classique, l’auteur imprimé de romans, essais ou nouvelles, est rarement originaire de ces petits bourgs, mais il arrive qu’il y séjourne ou s’en inspire.
  • Le poète peut être amateur, composant pour la famille ou pour la gazette locale.
  • L’érudit désigne le passionné d’histoire ou de sciences, collectant les archives, rédigeant notices ou monographies, précieux relais pour la mémoire d’antan.

Dans le cas de Vielmanay, ce sont surtout les érudits locaux et les chroniqueurs qui émergent des sources, à défaut de figure littéraire nationale.

Érudition et mémoire locale : les passeurs modestes de Vielmanay

Les recherches menées dans les fonds de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts (SNLSA) révèlent l’existence, dès la fin du XIX siècle, de notables ruraux ayant contribué à la rédaction de monographies communales. Le travail de l’abbé Jean-Baptiste Moreau, curé du secteur dans les années 1880 (voir “Monographies des communes du canton de Donzy”, Archives départementales de la Nièvre, cote 8M5), recense avec minutie coutumes et toponymie de Vielmanay, même si l’abbé n’était pas natif de la commune.

D’autres noms apparaissent lorsqu’on parcourt les bulletins paroissiaux ou les feuillets manuscrits conservés dans les archives municipales :

  • L’instituteur Charles Gendraud (1849-1931), cité dans le recensement de 1901, a tenu durant plusieurs décennies un journal d’école où il notait non seulement la vie scolaire, mais aussi les événements marquants du village. Un extrait est utilisé par l’historien Théophile Grasset (“Le Val de Loire nivernais”, 1924) pour illustrer la vie rurale de Vielmanay.
  • Marie-Louise Bourgeois, institutrice dans l’entre-deux-guerres, a contribué à plusieurs numéros du “Petit Journal de Donzy”, abordant légendes locales et anecdotes recueillies auprès des anciens, publiées ensuite sous le titre “Échos du vieux Vielmanay”, un fascicule manuscrit consultable aux Archives départementales de la Nièvre (cote 13 M 102).

Souvent autodidactes, ces érudits ne visaient pas la postérité littéraire, mais ont malgré tout laissé une empreinte précieuse, parfois modeste, à la mémoire locale.

Des témoignages dans les archives : lettres, poèmes et récits de vie

Les archives qui dorment à la mairie ou aux Archives départementales réservent parfois des surprises : poèmes écrits lors des cérémonies commémorant la fin de la Première Guerre mondiale (certains signés “Jean V.”, probablement un ancien combattant établi à Vielmanay), récits familiaux confiés à la chronique du “Courrier de la Nièvre” dans les années 1950, où l’on entrevoit des fragments de vie, des bribes de vers.

  • Aussi modeste que soit leur diffusion, ces textes témoignent d’une sensibilité littéraire locale : on y trouve des odes aux vendanges, des souvenirs de noces dont le style relève plus du conte que du rapport administratif.
  • Dans les registres municipaux, on peut lire de petites notes poétiques marginales, tracées lors de naissances ou d’événements marquants, ainsi qu’une série de textes de “compliments” dits lors des remises de prix de la fin du XIX siècle.

Ces modestes productions, convenues ou touchantes, montrent la perméabilité entre vie locale et passion d’écrire.

Quand Vielmanay inspire au-delà des frontières du village

Si l’on ne trouve pas, à ce jour, de figure nationale née à Vielmanay, certains auteurs régionaux mentionnent explicitement le village ou s’inspirent de ses paysages. Jules Renard (1864-1910), bien que natif de Châlons-du-Maine, a vécu de longues périodes dans la Nièvre et promène dans ses “Histoires naturelles” (1896) un regard sur la Bourgogne rurale et ses villages de la vallée de la Loire. Il évoque parfois dans sa correspondance des haltes à Vielmanay lors de ses promenades, comme en témoigne une lettre citée dans le “Bulletin de la Société académique du Nivernais” de 1907 (n° 22, p. 37).

Par ailleurs, Pierre Menanteau (1895-1992), poète nivernais souvent associé à Donzy et Cosne, décrit dans ses recueils l’atmosphère des hameaux voisins, où “la Loire conte à l’oreille du bois les secrets des vieilles pierres” (“Éclats nivernais”, Ed. Folle Avoine, 1962). Même si Vielmanay n’est pas l’objet d’un poème dédié, la présence du village résonne dans ce patrimoine littéraire régional.

Voix du souvenir : anecdotes et portraits retrouvés

Quelques récits transmis de génération en génération ajoutent une note plus intime à cette enquête :

  • Un carnet retrouvé en 2006 dans une ferme du hameau de La Motte contenait un poème composé en 1878 pour la fête du village, signé “Madeleine C.”. Ce poème, lu lors d’un repas communal, évoquait les moissons et les veillées, et a été retranscrit par la suite dans les Cahiers du Val de Loire (n° 18, 2007, p. 54-55).
  • Dans les années 1970, l’enseignant Claude Lapierre, originaire de Vielmanay, est connu pour ses textes rédigés pour les spectacles scolaires et des pièces de théâtre amateur données à la salle des fêtes du village. Un exemplaire de sa pièce “Sous les saules du vieux canal” est conservé chez un particulier.
  • L’historien amateur Roger Fradin, installé à Vielmanay à partir de 1982, a participé pendant près de vingt ans à la rédaction de “Bulletins du Cercle généalogique et historique du Nivernais et du Donziais”, partageant articles, notices biographiques et recherches sur les curés, maires, instituteurs et notables de la commune.

À défaut de “grandes plumes”, ce sont ces voix, parfois anonymes, qui laissent une marque durable, alimentant la chronique villageoise au fil des décennies.

Panorama comparatif : Vielmanay et ses voisins dans la mémoire littéraire régionale

Commune Écrivain/Poète/Érudit identifié Nature des écrits Période
Donzy Pierre Menanteau Poésie, essais régionalistes XX siècle
Cosne-sur-Loire André Desprès Études historiques, généalogie XX siècle
Vielmanay Marie-Louise Bourgeois, Charles Gendraud (chroniqueurs et érudits) Monographies scolaires, récits locaux Fin XIX – XX siècles
Murlin Abbé Vauthier Monographies paroissiales Fin XIX siècle

Ce rapide aperçu confirme l’importance des enseignants, ecclésiastiques ou érudits ruraux pour la transmission écrite de la mémoire collective, la frontière étant souvent floue entre le récit local et la littérature.

L’ancrage singulier de la mémoire écrite à Vielmanay

Au bout du compte, Vielmanay n’a pas vu naître de romancier célèbre, ni de poète académicien. Mais la richesse de ses chroniques scolaires, de ses miscellanées paroissiales ou de ses bulletins locaux tissent une histoire littéraire souterraine, obstinée, parfois ténue, mais essentielle. C’est là un témoignage de la vitalité d’une parole qui, même sans grands titres, continue de circuler par fragments : une lettre, un rapport, un poème partagé lors d’un banquet, quelques pages dactylographiées déposées en mairie ou retrouvées dans un grenier. Cette discrète mais précieuse tradition d’écriture fait de Vielmanay un village où le goût des mots se cultive à sa façon, entre mémoire vive et échos du passé.

Sources principales :

  • Archives départementales de la Nièvre (registres scolaires, état civil, correspondances municipales)
  • Société nivernaise des lettres, sciences et arts (https://snlsa.fr/)
  • Cahiers du Val de Loire, n°18, 2007
  • Bulletin de la Société académique du Nivernais, 1907
  • Courrier de la Nièvre, 1955-1957

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